Scandale à Tamatave: Des dons vendus aux enchères

L’ONG Amitié Picardie Madagascar œuvre à Madagascar depuis 18 ans cette année dont les objectifs sont l’éducation et la santé. Elle procède durant ce temps à de constructions, de renouvèlements ou d’étirements de salles de classe, à d’envois de manuels scolaires, universitaires et de bibliothèque ainsi que des ordinateurs. Pour l’assistance à la santé, ce sont de nombreux petits et gros matériels (jusqu’à des installations complètes de radiologie, fauteuils dentaires, etc.) qu’elle a pu effectuer. Depuis 2010, l’acheminement de ces dons n’a eu aucun problème.

En 2014, tout un lot de mobilier a été offert suite à la demande de la mairie d’Antananarivo. Un container de 20 pieds avec tout le matériel et les notices pour pouvoir les monter a donc été envoyé à cet effet. Arrivé à Tamatave en début janvier 2015, le container a été bloqué jusqu’en juillet aux douanes de Tamatave sans aucune raison invoquée. L’ONG a réclamé la sortie du container en question à plusieurs reprises, mais les demandes restent sans succès.

Contre toute attente, il a été porté à notre connaissance en août 2015 que l’intégralité du matériel a été vendue aux enchères. Mais ce n’est pas le lot de dons destiné à être vendu aux douanes de Tamatave. En plus du container de mobilier de bibliothèque, un autre de 20 pieds avec des manuels scolaires et de bibliothèque de loisir pour enfants a aussi été intégralement vendu.

L’organisation envisage alors de ne plus porter de collaboration pour Madagascar. Comme son président d’honneur, Martine Ranson l’avance, « Nous ne voulons plus envoyer de container pour enrichir… nous ne savons pas qui. Ce que nous faisons, nous le faisons avec beaucoup d’enthousiasme et la générosité de très nombreuses personnes. Il n’est plus question de mettre à chaque fois 4.000 Euros à la poubelle».

4.000 Euros qui vont aller où? Sûrement dans la poche de quelques hauts placés auprès des douanes qui ont trouvé une nouvelle façon de s’enrichir en plus des corruptions très répandues dans le domaine. Car même si officiellement les biens vendus aux enchères font objet d’amélioration des services auprès des douanes, la procédure reste illégale.

L’ONG se plaint aussi que le Ministère des Finances lui demande des taxes d’un million d’ariary par mois depuis le mois de janvier 2017, sans donner de motifs. « Nous n’avons jamais eu de taxe à payer puisque nous n’avons aucun salarié à Madagascar, ni au sein de l’ONG en France. Nous sommes tous bénévoles. Pour nous, il n’est pas question de payer des taxes qui ne sont pas justifiées », affirme l’ONG.

Apparemment, tout le monde cherche à faire de bénéfice sur les activités entretenues par Amitié Picardie Madagascar. Et l’ONG se pose de très sérieuses questions par rapport à ses futures actions pour le pays, pour les enfants malgaches en souffrance. Elle soupçonne même l’existence de corruption au sein de nombreuses administrations ministérielles dans le pays, même étant à des milliers de kilomètres. Comment le gouvernement puisse-t-il alors être si aveugle que ça concernant la question ? 

« Faut-il nous résigner à abandonner la population malgache en grande pauvreté et nous tourner vers d’autres pays d’Afrique ou d’Orient avec lesquels il n’y a pas de souci ? C’est une véritable interrogation pour nous. Nous n’avons pas le droit de jouer avec les dons qui sont faits pour aider Madagascar », achève la présidente.

Annie N.