Plan sectoriel de l’éducation: Un large débat est indispensable

Les premiers débats sur le Plan sectoriel de l’éducation (PSE 2018-2022) ont notamment focalisé sur la durée des classes primaires, surtout au niveau du public. Ils étaient partis de l’idée comme quoi, il serait mieux de supprimer le 1er diplôme délivré par l’Etat, soit le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). Or, le PSE ne se résume pas à la suppression ou non d’un diplôme. Son succès tient en plusieurs points dont la qualité de l’enseignement, la dotation en équipements et ouvrages scolaires et pédagogiques, la formation des enseignants, le financement du système… Il ne faut pas oublier que la grave détérioration du système éducatif participe à l’appauvrissement de la population. Car selon les données de l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010), le revenu dépend du niveau d’éducation. Les sans instruction perçoivent moins (616 000 Ar/an de revenus salariaux) que les plus instruits (830 000 Ar/an pour le niveau primaire, plus de 1 600 000 Ar/an pour le secondaire, 2 938 000 Ar/an pour le niveau supérieur). Il est fort probable que ces chiffres ont évolué depuis mais l’EPM 2010 est la dernière enquête de ce type. Quoi qu’il en soit, le PSE provisoire élaboré en mars dernier est clair : « Les tests pratiqués depuis une dizaine d’années ont montré une baisse alarmante des scores en lecture (français et malagasy) et en mathématiques ».

Les élèves ne sont pas seuls en cause. Ce document précise : « La qualification des enseignants est très faible : en 2013, seulement 18% des enseignants du primaire avaient un diplôme pédagogique et les difficultés d’accès dans les zones rurales et enclavées empêchent l’encadrement pédagogique des enseignants peu formés ». Comme quoi, 82% des enseignants ne disposent pas de connaissances et savoirs pédagogiques. Une telle situation ne peut qu’aboutir à une qualité médiocre de l’enseignement. Et l’intégration de quelques dizaines de milliers de maîtres FRAM effectuée depuis ces dernières années n’est pas une solution. Le PSE souligne, en effet : « L’intégration de certains maîtres jusqu’ici payés par les parents ne conduit pas automatiquement à une amélioration de leurs compétences ». Dans le PSE, il est question de procéder à une réforme de la formation des enseignants. Ainsi, l’Institut national de formation pédagogique (INFP) et ses structures régionales verront leurs compétences renforcées. Ils bénéficieront d’extensions physiques et d’un espace numérique. Seulement, les nouveaux formateurs de ces organismes n’auront droit qu’à une formation de 3 mois avant leur prise de fonction.

Quant aux enseignants fonctionnaires, ils bénéficieront d’une formation initiale de 2 ans, contre une formation d’initiation de 2 mois seulement avant leur prise de service pour les enseignants non fonctionnaires. Trois mois de formation seront-ils suffisants pour des formateurs censés rehausser le niveau des enseignants ? Il en est de même pour les enseignants non fonctionnaires dont la formation d’initiation est réduite à 2 mois. Il faut aussi relever que le budget alloué à l’éducation est faible par rapport à celui des pays à niveau de richesses comparable à Madagascar : il est de 11,4% du PIB contre 16,4% ailleurs. Mais la situation n’est pas près de s’améliorer quand on sait que les dépenses publiques pour le social incluant l’éducation n’affichent pas une hausse significative.

Fanjanarivo