Lutte contre la pauvreté: Education, le maillon faible
Alors que ce secteur est l’un des leviers de développement dans de nombreux pays émergents tant en Afrique qu’ailleurs, il demeure encore comme un maillon faible à Madagascar. C’est pourtant un moyen efficace pour la lutte contre la pauvreté. En effet, le niveau d’instruction conditionne celui du revenu, comme l’atteste les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Or, 32% des chefs de ménage sont sans instruction, d’après l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010). Et ce n’est pas la mauvaise qualité de l’enseignement qui va améliorer les choses. De plus, rares sont les élèves à dépasser les classes primaires. Ils ne sont que 12 sur 100 entrés en première année du primaire à pouvoir atteindre la première année du secondaire général, d’après le Plan sectoriel de l’éducation. Ainsi, 88% de ces enfants n’auront pas les chances de percevoir, plus tard dans leur vie active, un revenu à même de ne pas les enfermer dans le cercle vicieux de la pauvreté. Dans la grande majorité des cas pourtant, ils évoluent déjà dans la pauvreté, parce que la plupart des enfants scolarisés dans les établissements publics sont issus de familles pauvres. Les ministres et chefs d’institution ainsi que les directeurs généraux et directeurs de ministères n’envoient pas leurs enfants dans ces écoles.
C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les dirigeants ne cherchent pas réellement les voies et moyens pour améliorer le système éducatif. Leurs enfants ne fréquentent pas les établissements concernés ! Cependant, les enfants des pauvres sont les plus susceptibles de ne pas atteindre les classes du secondaire. Dans ce cycle, plus de 90% des élèves sont issus des 40% les plus riches des ménages, d’après les données officielles. Ce qui signifie que les enfants des plus pauvres et des moins pauvres mais toujours classés dans la catégorie des pauvres, sont condamnés à demeurer dans la pauvreté. Par ailleurs, l’entrée des élèves au lycée affiche un taux faible, soit 47% environ. Et si le niveau de rétention des élèves est assez élevé (80%), le taux d’achèvement du lycée demeure très faible (16,4% en 2014). A ce rythme, la lutte contre la pauvreté n’est qu’un vain mot. Et ce n’est pas le pouvoir en place qui va y changer quelque chose. Rien qu’en matière de financement, il n’atteint pas l’objectif consenti au niveau du continent et pour lequel le pays adhère. Malgré leur pauvreté donc, les ménages doivent consentir des dépenses pour l’éducation.
Certes, la gratuité totale n’est pas la bienvenue parce qu’elle peut déresponsabiliser les parents, mais pour les ménages vivant dans l’extrême pauvreté (77% selon les données onusiennes), un mécanisme devrait être envisagé. Le projet financé par la Banque mondiale ou « Vatsin’ankohonana » ne peut pas être assimilé à un mécanisme pérenne et efficace. Comme on le sait en effet, l’approche projets est loin de produire des résultats efficaces à Madagascar. En attendant, les ménages, déjà pauvres, doivent débourser pour financer le système éducatif. Le PSE souligne: « Les ménages, quant à eux, contribuent de façon non négligeable à l’effort national pour l’éducation : on estime qu’ils supportent 40% des dépenses courantes nationales d’éducation (Etat+ménages). Ce pourcentage est en hausse constante depuis 2004 où il se situait à 34%. Ces dépenses vont majoritairement en direction de l’enseignement primaire (54%) et du collège (25%) ».
Fanjanarivo