EDITO: La loi rien que la loi !
Oui, l’affaire Claudine a confirmé les conclusions des études et enquêtes menées par les organismes internationaux: la justice n’est qu’un vain mot à Madagascar. Le comble est que c’est le ministre de la Justice lui-même qui se met au travers d’une procédure entamée par une autorité qualifiée en la matiere avant de laisser l’inculpée s’enfuir à l’étranger. Doit-on alors s’étonner si aux quatre coins du pays, la population se fait justice elle-même?
Toujours est-il que la vindicte populaire s’installe quand on n’a aucune confiance en la justice. Ce sujet a été tellement ressasse qu’il serait redondant de l’évoquer de nouveau. On en parle cependant pour souligner une réalité que peu ou prou de personnes saisissent: si les Malgaches eux-mêmes n’ont plus aucune confiance en leur systeme judiciaire, peut-on encore attendre quoi que ce soit des bailleurs de fonds et investisseurs étrangers?
Lors de sa dernière mission, le FMI a d’ailleurs réitéré que les financements exterieurs dépendront de la bonne gouvernance. Un signal fort pour exprimer l’attente des bailleurs qui seraient aussi suspendus au reglement de certains dossiers. On parle par exemple de l’ACD et de la suite à donner au verdict de la justice singapourienne sur le bois de rose, notamment la condamnation des complices malgaches. Il y a aussi les dispositions réglementaires sur la confiscation des avoirs, le respect de la séparation des pouvoirs, et en général l’application de la loi.
Ces attentes expliquent pourquoi la conférence des bailleurs et des investisseurs à Paris n’a abouti qu’à des promesses d’aides. Quatre mois apres, ces promesses tardent à se concrétiser et on le comprend aisément.
Si l’affaire Claudine était donc une réponse du président Rajaonarimampianina à ces attentes, cependant la”fuite organisée” de l’inculpée réduirait tout à néant. Et on revient à la case départ avec de surcroît un jugement encore plus critique sur le régime.
Dans ce tableau sombre luit cependant un espoir apporté par les Magistrats, ceux par qui le changement devrait commencer. Si désormais ils jugeront par loi et rien que la loi, aucune interférence politique ne pourrait plus se faire. Ils gagneront de fait leur Indépendance qui d’ailleurs, ne se décrète pas.
Apres une longue période d’égarement dictée par la corruption, le changement ne sera certes pas facile et il exigera beaucoup d’humilité, d’engagement mais aussi de professionnalisme de la part des magistrats et des agents du système judicaire dans l’ensemble. Mais on attend beaucoup d’eux au vu de leur réaction inespérée sur l’affaire Claudine. Et ce ne sont les seuls bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers qui attendent de voir la suite, c’est toute une population qui se tourne vers les magistrats. Seront-ils à la hauteur des espérances ?
Sa