Aléas climatiques: Aux oubliettes dès l’approche de l’hiver !
Le passage du cyclone Enawo a occasionné des dégâts évalués officiellement à 415 millions de dollars. C’est l’équivalent de 1 328 milliards Ar ou 20,5% du budget public pour 2017 ! C’est dire la gravité de la situation. Outre les infrastructures publiques à réhabiliter et à reconstruire, les ménages et les entreprises affectés peinent à se relever des dégâts laissés par le cyclone. Mais après les actions d’urgence, le gouvernement semble laisser aux oubliettes les problèmes post-cycloniques. Or, il faut en moyenne 5 ans pour se relever d’un cyclone de cette intensité, selon les estimations de la Banque mondiale. Dans ce cas, les victimes ne peuvent souffler que vers 2022 ! Mais quelle autorité s’en soucie ? Tous les ans, l’approche de l’hiver et donc la fin des aléas climatiques extrêmes comme le cyclone et l’inondation font oublier aux autorités les chocs climatiques. La récente étude de la Banque mondiale sur la pauvreté est pourtant claire : « Lorsque ces chocs (climatiques) sont très soudains et s’accompagnent d’une perte notable d’actifs, les ménages ont du mal à se rétablir économiquement et peuvent être contraints de sacrifier des investissements à long terme dans l’éducation et la santé pour faire face à la situation ».
Ainsi, il ne s’agit plus de réduire des dépenses courantes liées à des secteurs comme l’alimentation. Les ménages sont, en effet, obligés de sacrifier l’instruction de leurs enfants et/ou les soins médicaux. Toutes ces dépenses sont toutefois fondamentales et liées aux droits de l’homme. De plus, elles contribuent au développement et à la croissance. Et si elles ne sont pas honorées, la situation socioéconomique du pays s’en ressent. L’avenir des enfants concernés est également compromis car sans instruction, ces derniers seront condamnés à évoluer dans le cercle vicieux de la pauvreté. Or, le pays ne dispose pas de mécanismes pérennes pour le relèvement post-chocs climatiques des ménages et des entreprises. L’étude de la Banque le souligne en évoquant « l’absence de mécanismes efficaces » permettant de se prémunir contre ces chocs. Une situation qui a des effets dévastateurs, mais de court terme, sur la consommation et la baisse du revenu. Ainsi, « les agriculteurs doivent par exemple éviter de se spécialiser et d’être dépendants des marchés alimentaires pour vivre en autarcie relative : seul un faible pourcentage de la production agricole est destinée à être commercialisé et l’on voit même des ménages urbains pratiquer l’agriculture à des fins vivrières ».
De plus, la rentabilité agricole se réduit à cause de l’incapacité des ménages à accéder aux intrants au moment voulu et à des prix compétitifs. Conséquence : il est impossible pour les paysans d’afficher des bénéfices. Pire, ils ne peuvent même pas produire suffisamment pour assurer leur propre consommation tout au long de l’année. De 2005 à 2012 par exemple, les chocs climatiques viennent en tête de toutes les difficultés rapportées par les ménages. Ces chocs font suite à des cyclones, des inondations, ou encore à l’arrivée tardive des pluies. L’on doit aussi citer l’invasion acridienne, la sécheresse. Ces chocs climatiques occasionnent des maladies végétales et animales. Les pertes se multiplient ainsi pour les paysans. Quelle stratégie et quelle riposte face à ces situations ? La politique et les stratégies sectorielles pour la mitigation des effets du changement climatique existent. Mais leur mise en œuvre laisse à désirer.
Fanjanarivo