Villes malagasy: Dépourvues des facteurs de croissance
Institutions et règlementations, infrastructures et aménagement du territoire, compétences et innovation, soutien aux entreprises et financement.
Ce sont les 4 catégories d’intervention que les villes devraient travailler pour faciliter la croissance de l’emploi, la productivité et les revenus de leurs habitants. C’est le résultat de l’étude menée par la Banque mondiale sur « Les villes compétitives pour l’emploi et la croissance ». Ce document est issu de l’étude de 750 villes à travers le monde entre 2005 et 2012. A Madagascar, Antananarivo génère 55% du PIB national. Mais dans l’une des rares études sur l’urbanisation dans le pays publiée en 2011, la Banque mondiale a mis en exergue les différents problèmes multidimensionnels à résoudre pour faire de la capitale malagasy un réservoir d’opportunités économiques. Citons le manque d’infrastructures dans l’éducation, l’assainissement, le manque de réservoir foncier à conjuguer avec la sous-exploitation de certains espaces comme les alentours de la gare de Soarano, les problèmes autour de l’emploi, etc. Et si l’on se réfère aux 4 facteurs de développement des villes évoqués par la Banque, les villes malagasy en général et la capitale en particulier, en sont dépourvues. Rien que pour une question élémentaire portant sur les ordures, il n’est pas rare de voir des Tananariviens jeter dans la rue les emballages d’aliments. Il y a aussi les poubelles sauvages.
L’on parle pourtant de règlementations et d’institutions comme un des facteurs pour aider les villes à générer de l’emploi, augmenter la productivité et le revenu des habitants. Concernant l’aménagement du territoire et des infrastructures, ces questions sont souvent traitées de manière superficielle. L’on peut revenir sur l’exploitation non optimale des quelques dizaines d’hectares autour de la gare de Soarano. Or, la capitale manque de réserve foncière, d’autant que seules 40% de sa surface sont constructibles. L’utilisation du foncier requiert ainsi une stratégie. Des experts de l’aménagement parlent d’un développement vertical. Et l’on se rappelle que sur le calendrier 2016 d’une banque, les abords du lac Anosy en… 2020 devrait ressembler à un quartier de grands tours cohabitant avec des maisons traditionnelles. Il s’agirait ainsi d’allier tradition et modernité marquée par le développement vertical du secteur immobilier. Certes, quelques tours commencent à sortir de terre dans la capitale, mais les petites constructions développées à l’horizontale occupent encore de vastes superficies. Et l’on ne parle pas du manque d’infrastructures pour le développement urbain. Quid des gros embouteillages dans une capitale qui voit croître son parc automobile d’environ 7% par an, face à un réseau routier de plus en plus étriqué ?
Pour les compétences et l’innovation, ces deux domaines sont loin de connaître un essor significatif. Aucun mécanisme efficace n’est en place pour les développer. Si des entreprises réussissent à se distinguer avec des produits innovants, c’est grâce à leurs propres efforts. En fait, le soutien aux entreprises est rare et ce problème affecte presque tous les domaines dont l’exploitation des résultats de recherche et des innovations. Par ailleurs, la Banque mondiale précise dans son rapport que les villes compétitives s’appuient sur 3 pôles de décision pour obtenir des résultats : le maire qui doit faire du développement économique une priorité claire, les coalitions de croissance entre le public et le privé pour résoudre certains problèmes, les relations avec les communes voisines et le gouvernement pour traiter des problèmes que la ville ne peut résoudre à elle seule. Les villes malagasy en sont pourtant dépourvues. Un problème que les gouvernants tant centraux que locaux devraient résoudre vu l’avancée de l’urbanisation. D’ailleurs, le développement des villes est un des leviers pour la lutte contre la pauvreté.
Fanjanarivo