chronique de razafilahy: Au Sénat, le ver est dans le fruit : le président a mis les pieds dans le plat
Au cours de son discours inaugural pour l’ouverture de la session ordinaire du Sénat de cette année 2017, encore une fois Honoré Rakotomanana vient de rater l’occasion de se comporter en véritable chef légitime d’une institution de la République. Hier, il n’a pas été capable de faire le discernement entre son rôle d’homme d’Etat et sa tendance à réagir de manière négative aux allusions, réflexions, observations, remarques et autres critiques émanant de la société civile, d’autres organes institutionnels et surtout des médias. Alors que tous, ils croient agir au nom de la liberté démocratique et conformément à l’article 10 de la constitution qui prévoit clairement que «Les libertés d’opinion et d’expression, de communication, de presse, d’association, de réunion, de circulation, de conscience et de religion sont garanties à tous et ne peuvent être limitées que par le respect des libertés et droits d’autrui, et par l’impératif de sauvegarde de l’ordre public, de la dignité nationale et de la sécurité de l’Etat. »
Pour éviter toute interprétation équivoque, voire même insultante ou une mauvaise compréhension, nous tenons à partager le vrai sens de notre intention. Selon des sources de référence sérieuse nous donnons ici le sens « de mettre les pieds dans le plat ». «En effet, ce verbe signifiait en provençal “patauger dans la boue”, autrement dit “dans les eaux basses”. Le fond d’un plat, au sens défini précédemment, est souvent boueux et vient troubler la clarté de l’eau lorsqu’on y met les pieds. C’est à ce phénomène que se réfère l’expression, qui signifie qu’une personne aborde maladroitement un sujet à éviter et qu’elle continue à en parler longuement, semant ainsi le malaise chez son auditoire. « C’est l’explication qu’humblement nous tentons de donner à l’attitude très déplacée d’un président d’une institution qui ose interpeller ouvertement et nommément Mireille Rabenoro, présidente élue par ses pairs du Haut Conseil pour la Défense de la Démocratie et de l’Etat de droit. Des membres de cet organe pourtant faisant partie de la Haute Cour de Justice avaient eu le malheur de s’assigner pour mission de rendre compte des faits impliquant des forces de l’ordre au cours d’une grosse bavure grotesque. Sauf erreur de notre part (errare humanum est…), apparemment c’est peut-être la raison pour laquelle, l’éminent juriste, ancien membre du Tribunal pénal international…» n’a pas résisté à la tentation de se mêler de ce qui le regarde pas ou plutôt de ce qui justement aurait dû nécessiter son intervention salutaire. Parce que justement surtout, des villages entiers d’une collectivité décentralisée ont été passés par le feu et détruits au cours d’une expédition punitive…Croyant bien faire, cette personnalité «ancien procureur général adjoint au Rwanda jusqu’en 1997 », d’un âge déjà très avancé aujourd’hui pour les lourdes fonctions qu’il exerce, semble faire sciemment l’amalgame dans ses connaissances juridiques des textes de lois au point de confondre l’opportunité acceptée par la loi du droit à la légitime défense et l’usage arbitraire interdit des exécutions sommaires et actes abusifs tels que les destructions des biens d’autrui.
Le bouquet a été que, lorsque sur une suggestion discrète d’une personne hautement éclaboussée par un scandale retentissant d’actualité, il a tenu à donner aux médias des précisions les plus saugrenues sur la différence entre «la vérité légale et vérité judiciaire des décisions de justice ». Une manière à lui de montrer son génie dans une généralisation époustouflante de l’apologie de l’usage d’un «Pourvoi dans l’intérêt de la loi». Ce fameux « PIL » qui dérange tant le milieu judiciaire à cause de son caractère « extra » légal qui permet les pires issues des procédures après le dernier recours possible permis par les textes des lois. Serait-ce une façon de répondre à des journalistes curieux de savoir ses impressions sur les dossiers comparés des sénateurs Lylison et Rina ou une sorte de pirouette dialectique pour éviter de montrer le fond de sa pensée sur ce jeune sénateur qui aurait eu l’ambitieuse prétention de prendre d’assaut le perchoir par la ruse ? Il faut reconnaître que faute de confidences autorisées, nous sommes réduits à des simples élucubrations et on s’en excuse… Quoi qu’il en soit, à voir certains sénateurs écouter le palabre de leur président hier, sans vouloir nommer qui que ce soit, il y a des sourires qui ne trompent pas. Le ver est réellement dans le fruit…Sareraka lui, il voit plutôt des caïmans parmi les poissons dans le filet !