DG Jirama: A-t-il de l’énergie contre la mafia ?

         Coupure technique ou délestage ? En tout cas, la panne d’électricité survenue samedi soir a été diversement interprétée mais pour la majorité des citoyens c’aurait été un message fort envoyé par les techniciens de la Jirama à qui de droit pour dire qu’il ne suffit pas de nommer un sortant des grandes écoles à la tête de la compagnie nationale pour régler le délestage.

         Et pourtant, le nouveau DG de la Jirama qui s’appelle Aimé Olivier Jaomiary est un cadre bien dans son corps. Sortant de l’Inscae qui est la principale grande école du pays, le nouveau promu a complété sa formation à l’Essec de Paris et le London Business School avant d’embrasser sa carrière professionnelle au cours de laquelle il a gravi les différents échelons au sein du groupe Airtel dans le secteur des ressources humaines.

         Avec sa formation, nul ne peut douter de la capacité de Olivier Jaomiary à diriger une entreprise, aussi grande et aussi importante qu’elle soit pour le pays que la Jirama. Le problème pour lui, on ne sait pas s’il en est conscient, est que la Jirama n’est pas une entreprise comme les autres. C’est une société où l’actionnaire accepte de vendre à un prix inférieur à son coût de revient et rechigne à mettre la main à la poche pour combler les pertes.

         Bref, il est utopique d’espérer un redressement de la Jirama tant que cette dernière facture le kw à 1700 francs à ses clients après l’avoir acheté 4000 francs en moyenne auprès des fournisseurs privés. Ses prédécesseurs avaient dû subir la même équation infernale à laquelle le FMI et la Banque mondiale n’ont voulu rien comprendre. Sous la pression, le régime Rajaonarimampianina a dû limoger les dirigeants de la Jirama. Issus de la région nord du pays, ces anciens dirigeants sont aujourd’hui remplacés par un jeune nordique. Au moins, la sensibilité régionale a été donc sauvegardée par la nomination du nouveau DG.

         Cette sensibilité ne règle pourtant pas de la nécessité pour l’Etat de se comporter comme un actionnaire soucieux de ses sous. Cela exige la normalisation des tarifs avec ce que cela suppose une augmentation de la facture suivant les coût de revient. Mais cela suppose aussi la maîtrise des coûts. C’est à cela que la mission du nouveau DG doit revenir.

         Un de nos récents articles avaient révélé les tarifs appliqués par les fournisseurs privés d’électricité en concluant qu’en matière de tarification, il y a manifestement des vols que l’Etat avalise. Les politiques et certaines entités de la société civile parlent d’ailleurs de maffia de l’énergie.

           Bref, la question qui se pose est de savoir si le nouveau de la DG a l’énergie pour remettre en cause les contrats de fournitures d’électricité et de carburants. Techniquement, il a la capacité d’analyser les structures de prix des fournisseurs. Mais il a au-dessus de lui un super ministre en la personne de Lanto Rasoloniana.

           Au-delà de la nomination d’un nouveau DG de la Jirama, l’attention est plutôt braquée à celle du nouveau super-ministre. Durant son trimestre d’intérim à la tête de la Jirama, il s’est remarqué par la constitution d’une brigade chargée de traquer les vols d’électricité. Ce bon début n’a été pourtant suivi par des actions conséquentes comme les contrats avec les fournisseurs. Est-il alors confirmé à la tête du juteux secteur énergétique ou pour faire carburer la campagne 2018 ?

Salomon Ravelontsalama

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