Madagascar: L’éternel dépotoir de La Réunion !
Selon des sources publiées sur des sites de nombreux quotidiens réunionnais, cette île voisine aurait exporté vers Madagascar, après l’avoir vendu, deux vieilles turbines estimées à 132 milliards d’ariary. Là où le bât blesse, c’est que ces turbines contiennent une forte teneur en amiante. Or, cela fait vingt ans que la vente et l’exportation des matériels contenant de l’amiante est strictement interdit. Ci-dessous, tous les détails.
Deux turbines d’EDF Réunion ont été envoyées à Madagascar en mai 2016. Selon un membre du CHSCT d’EDF, elles contiennent de l’amiante, dont l’exportation est illégale depuis 20 ans.
Deux des trois turbines provenant du démantèlement de l’ancienne usine thermique du Port Ouest ont été vendues au groupe belge Semlex, connu pour avoir vendu un groupe électrogène qualifié d”épave recyclée” à EDA (Électricité d’Anjouan). Semlex, donc, a revendu, avec bénéfice, et pour 40 millions d’euros, les deux vieilles turbines à la société malgache Jovena, spécialisée dans le commerce d’hydrocarbures. Indirectement, EDF Réunion a ainsi exporté à Mada des turbines à combustion ne correspondant plus aux normes environnementales françaises, et pleines d’amiante, au lieu de les mettre à la ferraille. Il n’y a pas de petit profit, mais le décret du 24 décembre 1996 interdit en France la fabrication, la mise sur le marché, l’importation ou l’exportation d’amiante.
Christian Julien, agent EDF depuis 1992, travaillant depuis 2005 sur le site du Port, et membre du Comité d’Hygiène, de Sécurité, et des Conditions de Travail d’EDF, soutient que les deux turbines sont emplies d’amiante. Il y a bien eu un désamiantage en 2009, suite à la découverte fortuite dans une des turbines par des agents d’une petite quantité de ce minéral hautement cancérigène, mais il demeure largement insuffisant.
“J’ai appris en regardant la télévision qu’EDF avait envoyé ces turbines à Madagascar. Je me suis souvenu que dans mes archives, je possédais un document du constructeur Alstom qui faisait état de la présence d’amiante.”, explique Christian Julien. Une note technique, datée de juin 1998, envoyée par Alstom au service maintenance d’EDF, demandant “d’identifier les alternateurs dont certains composants sont en amiante.” Rien qui ne soit donc connu d’EDF.
EDF Réunion assure que “le chantier de déconstruction se fait en concertation avec les services de l’État. Il s’appuie sur des diagnostics et expertises effectués par des entreprises spécialisées.”
Or, plusieurs rapports d’inspection de la DEAL (Direction de l’Environnement , de l’Aménagement, et du Logement) pointent le manque de transparence des opérations de désamiantage, amenant le Préfet de la Réunion à prendre un arrêté en février 2016 intimant à EDF de rédiger une note à chaque travail de désamiantage, pour cause de “manque de visibilité”.
Christian Julien assure avoir alerté les pouvoirs publics français et malgaches de ce scandale, sans résultat. “J’ai prévenu les autorités préfectorales et les députés sur l’amiante exporté à Madagascar, le consulat malgache aussi, mais personne n’a bougé.”, dit-il.