REGARDS CROISES: Alternance et Transparence, « pet hates » des politiques à Madagascar !

La chronologie de 57 ans d’histoire de Madagascar démontre, si besoin est, que la notion d’alternance et la notion de continuité dans l’action de sortie de crise sont occultées dans le discours comme dans la réalité politique. Aujourd’hui comme hier, la quête d’un autre modèle de gouvernance passe par le renversement du pouvoir, dès fois au terme du mandat présidentiel ou à la veille d’une élection, ce qui conforte l’instabilité et la fragilité de l’Institution républicaine du pays. Aujourd’hui comme hier les hommes politiques s’accrochent au pouvoir en dépit de l’opinion publique et au détriment du « fitiavana ny Tannidrazana ». Aujourd’hui comme hier, les politiciens comme leurs conseillers occultent la démocratie d’opinion. Auraient-ils fait la lecture, par hasard, de la lettre d’Alcuin à l’empereur Charlemagne (an 798), dont voici un extrait « Nec audiendi qui solent dicere, Vox populi, vox Dei, quum tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit », qui se traduit par « Et ces gens qui continuent à dire que la voix du peuple est la voix de Dieu ne devraient pas être écoutés, car la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie» ? Alcuin, un des principaux amis et conseiller personnel de Charlemagne, encourage en clair l’Empereur à braver la voix du peuple. Le positionnement du Conseiller s’explique-t-il par ses origines nobiliaires et par la jouissance de la richesse héritée des parents ? – L’Histoire témoigne que cet homme parfaitement intégré dans la cour n’a laissé en héritage que des œuvres littéraires « secondaires parce que sans envergure » -. Rappelons qu’au Moyen Âge il suffisait d’obtenir des « grands » du royaume, et non du peuple bien évidemment, une déclaration publique d’assentiment et de soumission pour adouber un nouveau souverain qui reçoit l’onction du sacre. Il semblerait qu’en Afrique sub-saharienne, le Chef de l’Etat se succède à lui-même, par la simple volonté des « barons » de la République, comme au Moyen Âge ? Le processus électoral du suffrage universel direct devient le simulacre de Démocratie. Ne serait-ce pas faire preuve de diachronie ? Ne serait-ce pas mépriser l’évolution dans le temps des faits sociétaux, sociaux,… ? Ne serait-ce pas mépriser la quête de l’homme vers le progrès ? Car ce « positionnement » reconnait de fait le caractère inamovible du Chef de l’Etat et ce « positionnement » se traduit par la transgression du processus électoral ; ce « positionnement » se traduit par des manœuvres politiciennes post comme durant les périodes électorales, des manœuvres qui n’ont qu’un seul objectif : se maintenir ou supprimer « politiquement » un adversaire potentiellement « dangereux », empêcher l’expression de la « vox populi ». Ainsi depuis 57 ans à Madagascar, la Démocratie n’est qu’un « concept » usité dans le discours ; ainsi depuis 57 ans à Madagascar la Démocratie est constamment bafouée : modification de la Constitution à des fins électorales, bourrage d’urnes, liste électorale dépouillée, campagne électorale spoliée…

Ce positionnement démontre qu’en ce 21e siècle des hommes politiques comme leurs conseillers persistent à glorifier les us moyenâgeux. Mais l’histoire de l’humanité impose une révolution dans la mentalité. Un simple bond dans l’histoire pour rejoindre le 16e siècle nous en donne la preuve. L’affirmation d’Alcuin est récusée par Machiavel : « Ce n’est pas sans raison qu’on dit que la voix du peuple est la voix de Dieu. On voit l’opinion publique pronostiquer les événements d’une manière si merveilleuse, qu’on dirait que le peuple est doué de la faculté occulte de prévoir et les biens et les maux. » Ce qui permet d’affirmer qu’en ce 21e siècle la re-naissance de la sagesse populaire « malgache » portée par un homme d’Etat animé par l’amour, donc par le respect, du peuple et de l’ordre fera sûrement faire à Madagascar le bond dans son développement économique et social et, fera émerger le pays de la pauvreté, de la corruption, de l’analphabétisme… de tous les maux qui le rongent ! D’autant plus que notre histoire témoigne de cette symbiose entre le Roi et son peuple, avec cette devise mise en action « tsy mety maty ny Fanjakana », Andrianampoinimerina a œuvré pour l’unification de la Grande Île en s’appuyant sur la sagesse de la population et la loyauté et l’intelligence des « grands » du Royaume. Alors, laissons parler les urnes en toute transparence. Parler d’alternance en politique se traduit dans la vie de la

« cité » par l’alternance dans la prise du pouvoir des partis appartenant à des courants politiques différents. Ces différences doivent cependant et impérativement être significatives ; dans le cas contraire, nous sommes dans le simple scénario de changement des équipes dirigeantes. L’alternance, de ce fait, est une condition nécessaire mais non suffisante à la démocratie. Elle doit s’effectuer par voie élective transparente, lors des élections présidentielles et/ou législatives, et dans le respect des règles constitutionnelles (…il n’est pas nécessaire de modifier le Texte pour des raisons fallacieuses, la veille des élections !). Par ailleurs, la démocratie s’exprime à travers des élections libres, transparentes et ouvertes à tous les citoyens en âge de voter, dans ou hors du territoire nationale. L’alternance signifie que le parti au pouvoir se retire en cas de défaite électorale. Dans ce cas de figure, l’alternance ne peut que renforcer la légitimité de la Constitution, aussi imparfaite soit-elle, Texte socle de la continuité et de l’intégrité de la Nation ; comme elle peut renforcer la confiance et l’adhésion des citoyens au régime politique.

La transparence est le deuxième pilier de la démocratie, puisqu’elle se rapporte au « pouvoir de surveillance » des autorités politiques par les citoyens. Sans conteste, il ne peut avoir d’alternance sans transparence et la transparence s’appuie sur l’Ethique. En Politique, la notion de transparence commence seulement à émerger. Elle fait débat sur le continent européen. Est-ce la raison pour laquelle cette notion a du mal à être assimilée et appliquée par nos dirigeants politiques en dépit de l’actualité politique et judiciaire, en dépit de l’attente de la société civile et de la population, combien même cette notion soit déclinée sur tous les tons et « temps » dans les déclarations d’intention de nos gouvernants ? A Madagascar tout est dans le discours et rien ne transparait dans les faits.

Transparence s’oppose à opacité, corruption, complexité. De ce fait, elle contribue à instaurer ou à rétablir une relation de confiance entre les gouvernements et les administrés quand cette confiance est mise à mal par une actualité politique et judiciaire régulièrement entachée de scandales, de conflits d’intérêts, de financements occultes et de fraudes massives (des campagnes électorales par exemple… !)… Le peuple malgache aspire à « cette » transparence dans la gouvernance, dans le discours politique, dans les faits. Il n’est point nécessaire d’attendre les solutions apportées par nos amis européens.

Le peuple malgache aspire à « la transparence » (des gouvernants, de la gestion des deniers publics…), à ce qu’elle soit traduite dans le droit positif.

Sans alternance et sans transparence, la démocratie est un concept vide de sens, et sans démocratie il ne peut avoir de bonne gouvernance.

Pour l’OCDE, la bonne gouvernance est un système qui “aide à renforcer la démocratie et les Droits de l’Homme, à promouvoir la prospérité et la cohésion sociale, à réduire la pauvreté, à soutenir la protection de l’environnement et l’utilisation des ressources naturelles et à renforcer la confiance publique dans l’action et l’administration de l’État” ; et la Charte de Transparency International précise sa vision d’un monde dans lequel “les gouvernements, la politique, l’activité économique, la société civile et la vie quotidienne des gens soient exempts de corruption”.

La sortie de crise à Madagascar émergera de l’alternance et de la transparence et non, des discours ostentatoires et des actions désarticulées. L’Histoire est le trépied du devenir. L’enjeu de la présidentielle en 2018 : un peuple souverain pour son épanouissement et pour son identité, « ny Kely manana ny azy, ny Be manana ny azy ».

Nancy Razanatseheno

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