Pause correctionnelle
Sur son lit d’hôpital, Claudine Razaimamonjy ne fait pas sa fière et n’intimide plus personne. Ce n’est plus l’image de la baronne distribuant les mallettes pleines de liasses de billets avec arrogance. Auditionné par la gendarmerie, Riana Andriamandavy fait moins le fanfaron. On est loin de l’image du sénateur orgueilleux et sûr de sa petite personne. Quelles chutes navrantes ! Pendant longtemps, Claudine Razaimamonjy et Riana Andriamandavy se sont sentis intouchables, invulnérables et irremplaçables. Au sommet du pouvoir, ils ont pensé qu’ils pourraient en abuser pendant cent ans. Quel angélisme touchant ! Après avoir côtoyé les plus grands, ils se retrouvent à manger à la table des petits. Comment Claudine Razaimamonjy a-t-elle pu penser un seul instant que ses détournements de deniers publics et sa résistance au racket ordonné en haut lieu resteraient sans conséquences ? Comment Riana Andriamandavy a-t-il pu croire une seule seconde que ses défis lancés aux autorités ne seraient pas sanctionnés ? Parce qu’elle détenait les cordons de la bourse du HVM, Claudine Razai-
mamonjy a eu la naïveté de croire qu’elle possédait le vrai pouvoir. Parce qu’il était le beau-frère de cette dernière et qu’il avait été nommé sénateur, Riana Andriamandavy a eu la bêtise de croire qu’il avait une once de pouvoir l’autorisant à jouer au rebelle. Il est clair que l’argent facile et le pouvoir sont montés à la tête de ces anciens pauvres, aux agissements irréfléchis de nouveaux riches, qui ont cru tutoyer les étoiles. Même s’ils bénéficient toujours de la présomption d’innocence, cette petite pause correctionnelle leur permettra de revenir sur terre. La belle époque du champagne est révolue. A présent, ils sont réduits à boire le jus amer de la nostalgie qui leur donnera la gueule de bois. Hier, ils ont cru que tout le territoire leur appartenait. Aujourd’hui, ils ont compris que leur influence ne dépassait pas les limites de Fianarantsoa. Demain, ils ne règneront que dans l’espace de leur cellule.
Phil de Fer et Ranary