COURRIER DES LECTEURS: AUTOUR D’UN LIMOGEAGE (Ô COMBIEN !) IMMERITÉ

 Attaché parlementaire qui entend évidemment garder l’anonymat, je sors de ma réserve alors que, en dehors du feuilleton CLAUDINE, deux évènements se juxtaposent: I’ouverture de la deuxième session ordinaire du Parlement et la célébration de la Journée internationale de la Liberté de la Presse. Comment en effet ne pas avoir en cette double circonstance une pensée émue à l’endroit d’un homme qui a paru à bon nombre de parlementaires un Avocat ô combien persuasif d’une double noble cause : la liberté d’expression, et le déploiement normal des institutions de la République ? Vous avez deviné: il s’agit de l’ex-Ministre Vonison ANDRIANJATO RAZAFINDAMBO

(Communication et Relations avec les Institutions), un des quatre membres du Gouvernement MAHAFALY qui ont fait les frais d’un «léger Remaniement» le 21 Avril dernier. Des’ questions se posent en effet, même jusqu’à ce jour, et notamment celle-ci: pourquoi lui et non des « têtes notoires » impliquées directement ou indirectement dans l’affaire de la sulfureuse Claudine RAZAIMAMONJY qui n’en finit pas de défrayer la chronique? Difficile d’y’ répondre, tant le sujet relève du Pouvoir régalien du Président de la République.

Je m’insurge toutefois contre l’assertion du PREMIER MINISTRE, selon lequel, les quatre « débarqués » n’étaient pas suffisamment « performants » dans l’exécution de leurs fonctions. Concernant Vonison Andrianjato, je considère comme une « insulte » à son endroit une telle affirmation venant d’un grand Chef d’institution, lui-même menacé semble-t-il d’une motion de Censure, tant il ne serait pas « CLEAN » du tout dans le cas de l’odieuse manipulatrice des deniers publics qu’est la tristement célèbre Gérante de l’Hôtel « A&C » d’Ivato !

UN ARTISAN D’UNE | RÉFORME MAJEURE

Pour mon humble part, je m’explique difficilement le limogeage du précédent MINISTRE de la’ Communication et des Relations avec les Institutions. Peut-être a-t-il fait les frais des « errements » de son ex-DIRCAB qui a eu des démêlés avec la Justice pour détournement de deniers publics. C’est absolument absurde, et beaucoup de gens le savent. Mais si à travers la personne de VONISON ANDRIANJATO, le Pouvoir voulait le sacrifier à l’autel de sa « détermination à lutter contre la corruption » (défense de rire !), celui-ci ne saurait être qu’une innocente victime collatérale « petit poisson » par rapport au « requin » d’A&C. Car mes regrets sur le départ du gouvernement du Ministre en question me semblent fondés sur des considérations moins basses – pour ne pas dire plus élevées- que celles de la gangrène qui ronge actuellement le Pays, à savoir le rôle de l’Argent-roi. L’un des reproches majeurs faits depuis 2014 à 1’actuel Régime par la Communauté internationale est en effet « I’incapacité » ou I’absence de volonté politique du Pouvoir à lancer de véritables Réformes. Or, la nouvelle Loi sur la Communication en est bien une. Et malgré le tollé qu’a suscité cette loi dans certains médias, le texte final a fini bel et bien par être adopté et promulgué. Mais ce n’était pas sans péripéties orageuses, aussi bien au sein du microcosme médiatique qu’au niveau des deux chambres du Parlement, voire au sein même du Gouvernement. Car il a fallu à Vonison ANDRIANJATO – qui avait mis presque deux ans avec son équipe pour « revoir et corriger » la précédente « loi sur la COM » afin de l’innover, à batailler dur sur les trois fronts. Inutile de revenir sur le fond du dossier, sinon pour rappeler que la ligne directrice du combat mené par le Ministre consistait à imposer le sens de « la responsabilité mutuelle » entre les gouvernants et les professionnels des médias, afin d’imposer réellement une Presse libre, celle qui fait progresser la paix et la Justice pour tous !

« LA PRIÈRE DU MATIN »

D’après ceux de ses amis qui le connaissent bien, la forte emprise des évènements qui ont émaillé ce combat en 2016 n’a pas ébranlé la volonté du Ministre d’aller de l’avant. Le travail est resté le fil conducteur de sa vie et n’a jamais glissé au second plan de ses préoccupations. Voire, il n’a jamais témoigné de la moindre frilosité à l’égard des journalistes récalcitrants, estimant que – selon HEGEL – la lecture de la presse est la « prière du matin ». Ce qui lui a permis, semble-t-il de rester assez indépendante des rythmes de la vie politique et médiatique. Il y a trouvé la force de défendre la liberté des médias auprès du Gouvernement et du Parlement, et de permettre aussi à tout-un-chacun de défendre le droit à la vérité.

Car sa philosophie unissait intimement les questions communes à tous et celles qui s’imposent à chacun à partir des épreuves et des énigmes de son existence dans ce qu’elle a de plus singulier ! Pour l’homme ANDRIANJATO – et non l’ex-Ministre – les questions politiques ne paraissent vraiment passionnantes que lorsqu’elles sont les symptômes de mouvements plus profonds qui touchent aux valeurs fondamentales ou qui concernent les pratiques propres à une culture ou à une civilisation. Or, une civilisation ne dépend ni des politiques seuls, ni des seuls médias, ni de quiconque en particulier. C’est un mélange de traditions et de créations communes que personne ne peut décréter et ce dont tous sont RESPONSABLES !

L’ETAT, PUISSANCE A LA FOIS BONNE ET MAUVAISE

Mais de quoi, aujourd’hui, accepte-t-on de se sentir responsable ? De rien, pas même de ses enfants (I’éducation est laissée à l’école), pas même de soi: ce sont toujours les autres qui doivent assurer les risques et payer les erreurs, les imprudences, voire les fautes ! Finalement, comme personne n’est responsable de rien, c’est l’Etat qui répond de tout (puissance à la fois bonne et mauvaise), qui protège et commande, et contre lequel – de toute façon – chacun – considère qu’il a raison de se révolter. PARADOXE: chacun revendique une liberté absolue et récuse en même temps sa RESPONSABILITÉ. L’individu se veut à la fois autonome et assisté ! Quant à la société civile (déliée de la sphère politique), elle conçoit l’Etat comme uniquement – destiné à satisfaire les revendications particulières dans leur plus grande diversité, sans que quiconque, hormis l’Etat lui-même, ne se préoccupe de la compatibilité de ces multiples aspirations. On dirait que chacun, individu ou catégorie, se fait l’avocat de soi-même et pose a priori comme justes ses propres exigences, sans se soucier de ce que pourrait bien être une société juste. On est ainsi tenté d’opposer cet individualisme inconséquent au vieux principe républicain de la volonté politique inspirée par 1’INTÉRÉT GÉNÉRAL, mais celui-ci lui-même est très abstrait, et souvent mis au service d’une classe ! Malgré le soupçon qui pèse sur l’intérêt général, on doit le rechercher au lieu de sombrer dans l’égoïsme. Serait-il vraiment LIBERTICIDE et anti-démocratique de demander à chacun de considérer que ses propres intérêts doivent se concilier avec ceux des autres ? Ou même, de façon plus élémentaire encore,’de comprendre que ses propres intérêts sont parfois contradictoires ? Donc, inutile de s’enliser dans ses propres contradictions sous peine de ne pas être à la hauteur de ses ambitions !

L’EXPRESSION D’UNE EXIGENCE DE RESPONSABILITE VONISON ANDRIANJATO RAZAFINDAMBO, un des fils spirituels d’un célèbre pasteur, a une probité intellectuelle hors du commun. Acharné au travail comme un joueur de tennis « qui ne lâche rien », il a réussi à donner corps et âme au « Code de la Communication médiatisée » en prenant garde de ne pas faire perdre de substance à la Démocratie au profit des revendications particulières, et dont le contenu ne soit pas comme une de ces taches d’encre qui ne représentent rien, mais sur lesquelles chacun projette ce qu’il veut et croit voir quelque chose. Ce « Code » n’est au final, ni plus ni moins, que l’expression d’une exigence de RESPONSABILITÉ qui fait de plus en plus défaut dans la vie politique: assumer ses actes et tenir ses promesses.

Nombre de députés en tout cas, avec lesquels il a travaillé depuis plus de deux ans, reconnaissent le bien-fondé de cette Réforme qui met les deux parties prenantes face à leurs responsabilités respectives: les journalistes doivent observer davantage les aspects de leur Déontologie, et l’Etat doit avant de frapper les fautifs regarder à deux fois le sens de la décision qu’il veut prendre à l’encontre de ces derniers. Rien d’étonnant à ce que la Communauté internationale ait-elle aussi – félicité chaudement le Ministre de la COM’ de l’époque pour son courage, sa détermination et son savoir-faire. Celui-ci parle peu, et sans grands effets lyriques, mais sa droiture exceptionnelle qui répond à sa droiture morale, avait par exemple impressionné le public de l’Institut Français de Madagascar (IFM, ex-CCAC) lors de la présentation des boursiers de la station mondiale RFI en Novembre 2015. Rien que pour toutes ces considérations, VONISON ANDRIANJATO RAZAFINDAMBO mériterait une place| d’honneur sur les tablettes de l’histoire de la Presse malgache, et pourquoi pas de l’HISTOIRE tout court ! Ce ne serait pas usurpé, loin s’en faut !

ANJARA NIRINA

Ankazotokana