chronique de razafilahy: Le côté obscur du commerce de la viande de zébus

L’histoire de Madagascar, même du temps de la monarchie a été toujours influencée par ces précieuses bêtes consacrées valeurs gastronomico-culturelles par le roi Ralambo en Imerina. Ailleurs de tout temps dans les autres royaumes périphériques, elles étaient des véritables signes extérieurs de réussite sociale. Si bien que dans certains milieux régionaux, même de nos jours la possession de zébus sert de caution de respectabilité au cours des rites cérémoniaux au cours des mariages coutumiers, des naissances, des réjouissances familiales et des obsèques.

Puis d’une époque à l’autre à partir du temps monarchique en passant par l’ère coloniale jusqu’à nos jours, sous la pression des fortes demandes locales et extérieures, la viande de bœufs est devenu un produit-phare. Les activités liées au commerce de la viande du bœuf malgache ont pris des aspects pas très conformes aux textes de lois en vigueur. Si dans les temps lointains, les navigateurs de passage le long du littoral de l’île se contentent de s’approvisionner pour leur provision dans leurs interminables périples à travers les océans en négociant avec les roitelets et riches éleveurs des endroits où ils accostaient. Plus tard, la voracité des usines de transformation de la viande de zébus et les boucheries des centres urbains avaient poussé des commerçants pas très honnêtes à recruter des bras valides des campagnes pour effectuer des razzias chez les éleveurs. L’exigence des besoins de l’industrie au service de la grande guerre avait provoqué un boom économique qui avait agi comme un coup de cravache incitateur dans le secteur de la production des fameuses boîtes de corned-beef destinées aux armées. Pour faire face à ces opportunités les compagnies commerciales favoriseront l’essor de la recrudescence des vols de bœufs, parce que sous l’empire de l’élevage contemplatif, la majorité des riches possesseurs de bestiaux rechignaient à se séparer de leurs bêtes. Dans l’arrière-pays, il faut vraiment être obligé pour se résoudre à vendre quelques têtes de zébus pour les besoins des obligations sociales et traditionnelles incontournables. Pour pallier à cette mentalité paysanne, les rusés collecteurs de bovidés n’ont trouvé rien de mieux que provoquer la prospérité des vols et pillages des parcs à bœufs de l’arrière-pays. Pour assurer la pérennité de ces activités considérées comme criminelles par la justice, les grands patrons des grandes villes se lient d’amitié dans des conditions corruptives avec des autorités centrales, administratives et judiciaires pour bénéficier des soutiens par soumission subalterne des forces de l’ordre qui, finalement ne pouvaient faire autrement que laisser faire. Durant l’apogée du pouvoir PSD, André Resampa, un ministre l’Intérieur à poigne à force de prendre des mesures administratives draconiennes par l’utilisation de l’assignation à résidence hors de leur résidence habituelle vers cette tristement célèbre bagne de l’île de Nosy Lava les voleurs de bœufs avant même qu’ils soient jugés, ont pu affaiblir la force de frappe du banditisme rural en général et du vol des zébus en particulier.

Avec les chambardements politico-administratifs post-72, les parrains de la mafia du commerce de la viande, alléchés par les opportunités des besoins en viande des îles voisines et de l’Europe, mirent au point des organisations basées sur les collectes prohibées à partir des vols soutenues par des moyens de transports routiers depuis les zones d’élevage de tout le Sud de l’île jusqu’aux usines des centres urbains. Il y avait aussi ces exportateurs marrons qui embarquaient des bœufs vivants sur des embarcations LCT à destination des Comores ou de l’île Maurice ou aussi vers de navires usines mouillant en haute mer. Dans tous les cas de figure à la base, les voleurs peuvent compter sur les influences paralysantes des instrumentalisations des juridictions pénales. Ils ne restent pas longtemps en prison pour reprendre leur mission condamnable au service des grandes fortunes qui assurent l’approvisionnement en viande de la capitale et des grandes villes de province par des réseaux de truands en col blanc. Les traitements des dossiers de vols de bœufs n’ont permis que rarement aux victimes de crimes flagrants d’avoir gain de cause. Les gendarmes et les policiers de la répression, dans toutes ces histoires rocambolesques ne sont en définitive que rabatteurs de fait, sans le vouloir et par nécessité de service des autorités administratives et judiciaires enrichies par une forme de corruption passive qui ressemblent beaucoup plus à des redevances ponctuelles convenues à l’avance par les parties prenantes en haut-lieu et les groupes favorisés par les vols de bœufs.

Viendra ensuite à partir de l’an 2002, l’ouverture de ce commerce très lucratif et fort performant en direction de l’Asie. Grands connaisseurs en matière gastronomique, les milieux asiatiques arrivés récemment à Madagascar sous la protection de Marc Ravalomanana mettent en place des projets de parcs et de ranchs immenses avec des usines à viande dans les régions de l’élevage d’Ambalavao, d’Ihosy, de Betroka jusqu’aux environs de Tuléar. Les aléas de la politique étant ce qu’ils sont, les démarrages de ces activités liés n’ont pu avoir lieu qu’après 2009, durant la Transition avec le ministère de Hanta Randriamandranto pour connaître l’explosion terrifiante actuelle avec ces milliers de têtes de zébus qu’on embarque en catimini vers les marchés asiatiques et surtout chinois. Pour ceux qui en doutent, allez admirer à l’entrée de la villa d’Ankaramena à quelques kilomètres d’Ambalavao Tsieniparihy ce gigantesque parc à bœufs qui sert de stockage avant embarquement vifs ou traités de plus de 2.000 bœufs. Qu’on ait limogé le ministre Rolland Ravatomanga pour tel ou tel prétexte importe peu, les responsabilités pour ces histoires d’approvisionnement des usines à viande restent et demeurent des fautes graves auxquelles les personnalités du parti TIM auront à répondre un jour devant la justice et le tribunal de l’Histoire.