chrnonique de razafilahy: Quand le juge est sans balance
L’époque est-elle indiquée pour critiquer un symbole de la justice de pays ? Répondre par la négative serait faire preuve d’une mauvaise foi manifeste et d’une cécité physique et intellectuelle grave. Passez devant le Palais de Justice d’Anosy et vous ne manquerez de voir grandeur nature l’image même du système judiciaire appliqué à Madagascar. Vous allez admirer taillé dans le roc un trio de statues. Celle du milieu qui représente un juge, depuis belle lurette, avait perdu sa balance. Et comme une sculpture en pierre ne parle pas, ne peut réclamer quoi que ce soit, personne ne souciera de mettre de l’ordre dans cette situation pour le moins déshonorante pour toute l’administration judiciaire.
On n’a pas besoin d’un milliard de francs ou d’ariary pour mettre de l’ordre à cet aveuglement des responsables qui ne voit pas que le spectacle de ces trois personnages est hautement révélateur sur la mentalité qui prévaut quelque part. Le ministre de la Justice, garde des Sceaux lui-même ne peut pas prétendre qu’il n’est pas au courant de bizarrerie représentative de tout un corps pourtant prestigieux qui officie, œuvre et consacre leur existence pour le Droit, la Justice et la Vérité sous le symbole de la balance. Trop occupé peut-être à gérer d’autres choses que la bonne administration de la justice, il lui arrive de ne plus réaliser toutes les carences et les anomalies qui, pourtant se trouvent sous le nez et à la barbe de tous les responsables administratifs et judiciaires de son département. Qu’est-ce que cela coûte d’obtenir réparation d’une balance même factice qu’il faut mettre entre la main d’un juge au cœur de pierre ? A propos de cœur de pierre les parents de bon nombre de justiciables en savent quelque chose, surtout quand ils ont la désastreuse occasion de subir le drame d’un des siens qu’un juge maniaque de la délivrance systématique d’un mandat de dépôt avait envoyé ce dernier faire un séjour dans une de nos sinistres prisons et autres maisons de détentions.
Assez divaguer, passons aux choses sérieuses. Au sein de l’opinion, il est maintenant patent que si l’on a tendance à recourir à la loi du Talion, c’est parce que quelque part dans le système judiciaire, il y a matière à déplorer. Parmi la foule de magistrats qui agissent selon leur intime conviction dans l’application de la loi, il y a toujours des exceptions qui n’attendent que l’occasion favorable pour s’enrichir au dépend de leurs concitoyens dans des conditions aussi scandaleuses qu’inhumaines alors que d’un côté certains n’hésitent pas à considérer le principe de l’intégrité comme quelque chose de vague qui n’a point sa place dans l’exercice de leurs fonctions. Qui n’a pas entendu de ces célèbres suspects à qui on réserve tous les égards pour qu’ils ne connaissent pas la rigueur de la loi. La partialité trop fréquente dans certaines juridictions que les habitants de cette île n’ont presque plus qu’une symbolique et imaginaire confiance à l’ensemble de notre système judiciaire depuis certains personnages ayant des amis très influents franchissent le portail d’un établissement pénitentiaire dans le sens de l’entrée plus longtemps que dans le sens de la sortie. Avez-vous encore souvenu de cet important homme d’affaire mêlé à des affaires de trafics d’or qui n’a passé que moins de 4 heures de temps dans la prison où il devait séjourner ? Selon les mauvaises langues (information confirmée par la suite par la confidence d’un magistrat digne de foi) un coup de pouce et une instruction venant d’en-haut avait suffi pour que ce dernier retrouve une liberté à laquelle il n’aurait pas dû avoir droit compte tenu du fait qu’il avait participé au pillage des ressources de cette nation. Au fait que sont devenus les dossiers fameux de ces crimes gravissime qui à la suite d’un kidnapping à Toamasina avaient mis en cause certaines personnalités importantes ? Il semble bien qu’en définitive, on a préféré berner l’opinion avec quelques arrestations fortement médiatisées pour cacher la forêt de complicités criminelles qui ont trempé la main dans le sang de cet enfant mineur tué par les cruels ravisseurs… Quelle sera la grande surprise du public si un jour il apprend, l’éteignoir est passé par-là et que dossiers y afférents risquent de ne plus voir la lumière du jour pour ne pas indisposer des grands noms du monde des affaires liés avec des courtisans du pouvoir. A l’heure où les exploits de Bianco ont bonne presse, pourquoi on n’a jamais déterré ces ignobles dossiers sur des faits de corruptions avérés, de trafics constatés et de détournements de finances publiques, or les auteurs et les complices devenus des nouveaux riches narguent les dirigeants de cette 4ème République. C’est à se demander qui a peur de qui ? Pourquoi et sur quoi exactement ? Il y a là des questions fort pertinentes qu’il faut bien poser un jour à Marc Ravalomanana and Co et ses semblables. Autrement, arrêtez de nous casser les pieds avec vos balivernes sur l’intégrité et la justice populaire, cette plaie qui a eu pour origine le déficit de confiance de la population envers un Etat de droit fictif et injuste. Il faut d’abord prendre la peine de balayer devant les cours des tribunaux et de réparer la balance de ce juge au cœur de pierre qui trône devant le Palais de Justice à Anosy… Si ce n’est déjà fait !
Commentaires