Nouveaux billets: Perte de souveraineté
Les nouveaux billets de banque mis en circulation attirent la curiosité. On les palpe et on les retourne dans tous les sens. On ausculte les tailles, les couleurs et les motifs. La plus grosse coupure, celle de 20.000 Ariary, montre un dessin de l’usine d’Ambatovy exploitée par la société Sherritt. L’information est officielle puisqu’elle est indiquée dans la brochure de présentation des nouveaux billets de banque.
En premier lieu, pourquoi avoir pris une usine hideuse comme signe recognitif ? Certes, l’usine d’Ambatovy est utile pour notre économie, mais elle reste une usine. On aurait préférer avoir une vue des Tsingy, des chutes de la Lily, du volcan de Tritriva ou du canal des Pangalanes. On aurait préféré admirer les splendeurs de notre faune et de notre flore, notamment des papillons, des caméléons, des baobabs ou des orchidées. Et puis, quitte à prendre un bâtiment, les autorités monétaires auraient pu sélectionner un monument historique.
En second lieu, il est dommage et honteux que ce billet de banque fasse la promotion de la société Sherritt qui n’est pas détenue en majorité par des capitaux malgaches. Cette société étrangère a payé qui et combien pour obtenir ce support publicitaire inédit? Le choix du dessin de l’usine d’Ambatovy a-t-il fait l’objet d’un appel d’offres ? Cela reste à prouver. Tant qu’à apposer une entreprise industrielle sur un billet de banque, il aura été plus judicieux et patriotique d’opter pour l’usine de la Savonnerie Tropicale ou celle de Sainto.
Ce dessin de l’usine d’Ambatovy est un très mauvais choix. Il est l’expression d’un abandon grave de souveraineté nationale. A notre connaissance, il n’existe aucun symbole malgache, ni aucune usine malgache, sur des billets de banque étrangers. Si cela continue, on verra Big Ben, la Statue de la Liberté, la Tour de Pise ou le siège social de la BNP-Paribas sur nos prochains billets de banque. Cette perte de souveraineté nationale ne date pas d’aujourd’hui. Sur les nouveaux billets de banque, le nom « Banque Centrale de Madagascar » a été remplacé par « Banky Foiben’i Madagasikara » et les mentions en langue française ont disparu. On pourrait se réjouir de cette réappropriation linguistique qui marque une rupture avec le passé et un retour à une forme d’indépendance. Pourtant, il ne s’agit que d’un changement mineur de façade pour amuser la galerie. En effet, les sommes sur les chèques sont obligatoirement rédigées en langue française, sous peine de rejet. C’est une violation flagrante de l’article 4 de la Constitution qui dispose que « la langue nationale est le Malagasy…les langues officielles sont le Malagasy et le Français. »
Folojaona et Lola R.