Publié le 17 mars 2020
L’ancienne génération connaît cette chanson “comment c’est la Chine, c’est plein de Chinois, je les imagine tirer des pousses pousses en bois!”. Aujourd’hui le Coronavirus a donné une autre image de la Chine pour nos compatriotes et particulièrement ceux qui ne connaissent de la Chine que les produits “Made in China” qui inondent nos marchés. Bien entendu on parlait de ce que les Chinois mangent ce qui avait laissé beaucoup de personnes ahuries, quoique la propreté de certains restaurants chinois à Madagascar laissent à désirer et les légendes sur ce qu’on y mange font naître beaucoup de suppositions. Mais surtout beaucoup ont découvert que c’est un pays de 1,4 milliards d’habitants, des villes qui grouillent de monde ce qui rend facile la propagation du virus et un régime capable de construire en un temps record des “vrais hôpitaux aux normes” pour sauver sa population. Des hôpitaux avec le contenu et pas que le contenant ; des hôpitaux avec les appareils qu’il faut et pas des mourroirs ; des médecins en nombre suffisant et non des médecins qui font le travail pour quatre ou cinq. C’est aussi un pays où en dépit de ce nombre élevé de population, les règles sont plus ou moins respectées, beaucoup plus que moins tel le respect des mesures de confinement.
Tout le monde est logé à la même enseigne et ne s’amuse pas à chercher des passes droit sous prétexte de titres, de postes de responsabilités. Mais le plus bel exemple de pays face à la pandémie de Coronavirus est Singapour où ce qui a permis une meilleure maîtrise de la pandémie est le sens civique de sa population : respecter les règles, appliquer les sanctions en cas de non respect des règles. A Madagascar on reste malheureusement loin très loin de cela car malgré les déclarations tonitruantes des responsables selon lesquelles “nous sommes prêts “, la Banque mondiale en donnant de l’argent pour faire face à la pandémie le donne à être géré par l’OMS et non directement par le gouvernement -pour des raisons que l’on peut facilement comprendre - d’où ces sorties médiatiques du représentant de l’OMS à Madagascar qui ont le don d’énerver bon nombre de nos compatriotes. Ces deniers savent mieux que le représentant de l’OMS l’état du centre de santé de base dans leur commune ; ils savent ce qu’est un centre de santé de base sans rien si ce n’est quatre murs et où même le paracétamol est un médicament rare ; ils savent que s’il leur faut aller au CHU d’Anosiala ou de Befelatanana et qu’ils habitent à Lokaro dans la Région Anosy il leur faudra plusieurs jours de route - sans compter les attaques des dahalo sur la route et sans soulever l’état exécrable des routes- pour arriver à Anosiala…ils auront le temps de mourir et de contaminer les autres. Ces derniers sont prosaïques et accordent plus d’importance aux questions de santé plus qu’aux contingences économiques même si les unes ne vont pas sans les autres.
Ces derniers continuent à se dire que si jamais les grands de ce pays tombent malade, coronavirus ou pas, ils partent se soigner rapidement à l’étranger via évacuation sanitaire où les hôpitaux sont réellement aux normes alors que eux ils vont devoir aller dans ce qu’on appelle “hôpitaux” ici et où les soins -quand il y en a- sont donnés à même le sol sur une natte. Il y a un gouffre abyssale entre les pays dont le nôtre, qui nous oblige à non seulement revoir nos habitudes, à porter un regard honnête sur notre incivisme, à revoir cette appétence de la majorité des gens du pouvoir à vouloir exercer le pouvoir pour se servir et bénéficier des passes droits et non pour servir, et à revoir très sérieusement la santé, l’éducation, les infrastructures…mille fois plus importantes que tous les bling bling et l’argent dépensé pour les indemnités diverses et variées pour tous ces organismes mis en place, les institutions et certains ministères.
Claude Rakelé