La Gazette de la grande ile

Coronavirus : Notre métier continue !

Publié le 24 mars 2020

Le coronavirus a fait une victime: la presse écrite malgache. Des militaires ont, en effet, interdit les crieurs de vendre les journaux. Certains ont proféré des menaces, d’autres ont carrément saisi les journaux. Pas un ou deux titres mais l’ensemble de la presse quotidienne.

Apparemment, c’est dans le cadre de l’application de l’état d’urgence sanitaire. Soit. Mais les dispositions de la loi n°91-011 du 18 juillet 1991 doivent être prises dans leur contexte en sachant que cette loi a été prise en pleine crise politique dans le but de mater les mouvements populaires et sauver la IIe République. Le régime se sent-il aussi en danger ?

Toujours est-il que si les dispositions de cette loi autorise les autorités à contrôler la presse, il n’y a aucune raison d’interdire la diffusion des journaux. On a cherché en vain de comprendre cette mesure. S’agit-elle d’un excès de zèle des militaires qui n’ont pas entendu le discours du président Rajoelina ou ne l’ont pas compris? Ou s’agit-elle d’un ordre venant du ministre de la Défense, le général Rakotonirina ?

A priori, on pensait que cette saisie des journaux était à l’initiative des deux “virus” de la République qui aurait sollicité le ministre de la Défense. Mais quand on voit les tanks et autres blindés un peu partout dans la ville, on s’était dit que ce n’est pas quand même un petit article qui ne fait que rapporter les réalités qui met l’armée dans tous ses états. Ce général de corps d’armée est-il vraiment en mal de guerre pour sortir les armes pour combattre un ennemi invisible?

En tout cas, ces armes ne font que terroriser une population déjà sur le qui-vive. Pire, ces armes ne font que renforcer l’impression de bon nombre de citoyens selon laquelle le régime a peur de l’opinion à cause des mesures jugées tardives de fermeture des frontières mais aussi à cause d’une communication infectée par des “virus”.

Certes, Andry Rajoelina a avoué, hier soir, avoir été invité par les évêques à être davantage présent, mais c’est aussi pour rattrapper les erreurs et les déclarations scandaleuses faites par des membres de son équipe, qu’il a décidé de communiquer chaque jour. Le président de la République se montre ainsi en véritable chef de guerre en prenant des risques énormes. C’est à ce chef de guerre que nous nous adressons. Qu’il nous laisse travailler tranquillement pour informer mais aussi continuer de jouer notre rôle et de dénoncer sans ambages ce qui pourrait nous handicaper dans cette guerre. Car quoi qu’il advienne, notre métier continue, pour reprendre le titre de notre regretté Frank Raharison, et nous sommes plus que jamais déterminés à sortir chaque jour “La Gazette de la Grande île” malgré les contraintes du couvre-feu et le confinement. Nous aussi, on souhaite que le coronavirus ne sera plus qu’un mauvais souvenir, le plus vite possible et sans faire aucune victime.

R.Lola et Sa

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