Bois de rose: Enawo, la joie des trafiquants !
Une catastrophe est une catastrophe. Quoique une partie des Tananariviens s’étonnent et vont même jusqu’à critiquer les mesures gouvernementales interdisant l’école alors que le climat était plutôt clément hier, la tempête Enawo n’a pas fait l’unanimité dans la capitale.
Pire, on s’attend, à tort ou à raison, à ce que ce cataclysme naturel soit mis à profit par certains pour se faire de l’argent. On parle notamment des bois de rose et d’ébène qui poussent là où le cyclone Enawo a sévi.. Plus précisément, on craint que ce cyclone vienne favoriser le commerce illicite de bois précieux ou ce qu’on appelle communément le trafic de bois de rose et d’ébène tel qu’on l’a connu depuis 2009.
En réalité, ce commerce remonte à des années auparavant malgré les dispositions réglémentaires. L’exportation de grumes de bois précieux était interdite dès 1975. En 1986, l’interdiction d’exportation s’étend à tous les agrumes quelle que soit l’espèce. L’année 1994 constitue cependant le tournant de l’histoire du bois de rose à Madagascar.
Comme Enawo aujourd’hui, la Grande Ile avait subi le cyclone Geralda. Les dégâts étaient tels dans la région nord-est du pays que le régime d’alors a pris les mêmes décisions que Didier Ratsiraka.auparavant qui avait autorisé le ramassage des bois précieux ravagés par le cyclone. En ce temps-là, l’Etat s’était plié aux revendications des opérateurs et des populations des régions qui évoquaient des pertes au niveau de la vanille à cause des effets du cyclone. Le ramassage et l’exploitation du bois de rose compenseraient alors les effets catastrophiques du cyclone sur la vanille qui est la principale source de revenu de la population de la région.
Depuis, l’argument a été évoqué quel que soit le régime, de Ratsiraka à Rajoelina en passant par Ravalomanana, qui malgré les saisies, s’est démarqué par une disposition exceptionnelle. Le 28 janvier 2009, il a fait sortir à son ministre de l’Environnement, Harrison Randrianarimanana (aujourd’hui conseiller spécial de Hery Rajaonarimampianina) un arrêté portant agrément d’exportation, à titre exceptionnel, à l’état brut de bois de forêts naturelles, qui a autorisé à 13 opérateurs d’exporter des bois de forêts naturelles (y compris le bois de rose et le bois d’ébène) .
Quelques mois plus tard, plus précisément le 21 septembre de la même année, M. Rajaonarimampianina signe avec des collègues un arrêté interministériel « portant agrément d’exportation, à titre exceptionnel, des bois précieux à l’état brut ou semi-travaillé, accordant à certaines personnes (dont les noms figuraient cependant en blanc) d’exporter dans la limite de 25 containers par personne et sous réserve du paiement de 72.000.000 Ariary (par container) dans un délai de 15 jours -liquidation avant le 30 Novembre 2009 ».
A tort ou à raison, on estime que cet arrêté qui aurait arrangé les affaires du ministre des Finances d’alors, bloque aujourd’hui le chef d’Etat qu’il est devenu. D’autant plus que Hery Rajaonarimampianina s’était entouré (malgré lui ?) des barons du bois de rose pour sa campagne électorale.
Ces relations avec notamment les affaires Bekasy et les commentaires relatifs à Laisoa Jean Pierre remontent aujourd’hui à la surface en dépit des engagements du président de la République à combattre pour de bon le trafic de bois de rose. De la région de Sava comme dans les milieux politiques et économiques de la capitale, on croit malheureusement que le cyclone Enawo va favoriser les trafics de bois de rose. Les trafiquants que personne n’ignore, auraient d’ailleurs arrosé au champagne les dégâts survenus au SAVA. Et pour cause : avec l’Etat de non-droit, on n’attend aucun résultat de la cour spéciale contre le trafic de bois de rose. Les bois tombent (et se feront tomber par milliers ?) dans la forêt.
Sa