sentinelle: Antananarivo et Madagascar …
J’ai plus voyagé à l’extérieur de Madagascar que dans mon propre pays. Au soir de ma vie, il m’est venu l’idée de vouloir mieux connaître les diverses contrées de mon île. Bien m’en a pris car la réalité malgache est loin d’être ce que l’on pensait. Il m’est apparu une nation qui vit à deux vitesses.
D’un côté, il y a Antananarivo et de l’autre Madagascar.
Effectivement au niveau de la perception brute, Antananarivo diffère de Madagascar de par :
– l’architecture qu’elle présente où il y un amalgame du passé et du présent,
– les habitants venant de toute l’île,
– le comportement et attitude agressifs des tananariviens,
– la différence de classes sociales très prononcée.
Avec ces 2 500 000 habitants dont la plupart est non déclarée, Antananarivo est de loin la ville la plus peuplée des îles de l’Océan Indien. La ville qui dans la réalité ne peut accueillir que 500 000 personnes environ, est en ce moment envahie, squattée par des nouveaux venus fuyant la misère rurale, sinon cherchant fortune dans l’enfer d’une ville cosmopolite où l’apparence, l’affairisme, l’agressivité et surtout les délits de tous genres sont coutumiers. La réputation de l’île comme terre d’accueil n’est pas en cette ville où les signes de richesse ostentatoire et la misère la plus vile cohabitent. Devenue la ville des mille plaies à cause de la disparité des gens qui y séjournent actuellement, c’est-à-dire les migrants de toutes provenances telles :
– de la zone rurale où l’on fuit l’insécurité ambiante,
– des provinces qui par la nécessité des études, des affectations, du rapprochement des centres de soin, de décisions politiques et socio-économiques pour un opérateur, de l’union maritale avec un ou une merina.
Cette cohabitation de divers us et coutumes ethniques n’est pas une réussite d’intégration car cela a engendré des frustrations qui ne demandent qu’à exploser de diverses manières et ce dans tous les domaines de la vie de société. Cette division perçue au sein de la vie tananarivienne sur l’approche de la vie, a fait en sorte que le malgache supporte mieux que les autres nations les aberrations que les gouvernants font subir à leurs peuples. Antananarivo est le starter de tout mouvement de revendication sociétale, mais la division en son sein depuis quelques années est un facteur paralysant de toute tentative de rébellion du peuple. De cause à effet, les citadins tarderont toujours à s’ériger contre un gouvernement aussi nul qu’il soit. Mais quand le vase de la colère est plein et où ces dites différences sont aplanies par une cause commune de survie, la réaction d’une violence inouïe (du déjà vu) d’une population saturée par les bévues successives de leurs élus, va occasionner des razzias et des crimes dictés par la frustration de toutes sortes dans toute la ville. Dans cette optique personne ne sera épargné, surtout les dirigeants qui, dans un climat délétère de vindicte populaire, doivent prévoir de fuir dans d’autres pays jusqu’à ce qu’il y ait un apaisement.
En quittant Antananarivo pour d’autres destinations, on se réconcilie avec le malgache, le vrai qui a pour us et coutumes la qualité cinq étoiles de l’accueil. Ces autochtones desquels émanent la bonté, la bienveillance, la simplicité et l’entraide sont d’une rareté qu’on ne trouve plus dans le monde. La biodiversité de la nature (faune et flore) ainsi que la richesse du paysage font de Madagascar une destination d’aventure un peu particulière et inoubliable. Malgré la présence de bandits de grands chemins armés dans les zones rouges, l’incursion au milieu de la réalité malgache procure bel et bien ce sentiment de retour à 100 ans en arrière qui a un effet de ressourcement des plus recherchés de la planète. Effectivement dans ce cadre d’évolution, les valeurs changent et il nous vient inconsciemment un réflexe de comparaison avantageux par rapport à la vie urbaine que nous vivions tous les jours à Antananarivo, et que malgré toute sa laideur on continue à s’y accrocher.
Antananarivo actuellement est loin de représenter Madagascar. On a tout fait pour que la ville perde son âme en détruisant et en brûlant les vestiges du passé sans pour autant acquérir la modernité d’une grande ville. Les crimes et délits de tout genre, les squatters, les embouteillages, la pollution ont mis à bas cette ville naguère le fleuron des iles de l’Océan Indien. La pratique politicienne qui est devenue une source d’enrichissement a perdu son aura en tirant vers les méandres de la pauvreté le reste des malgaches. Le milieu rural dans sa misère est tellement poignant dans l’acceptation fataliste de son sort. En effet, la majorité des actions de lutte contre la pauvreté a été galvaudée et est devenue un moyen d’enrichissement ou de protection des nantis, au détriment du pauvre hère qui s’engonce doucement mais sûrement dans une sordide pauvreté qui s’accroche à ses basques durant toute sa vie.
Max Randriantefy