Optimisme du régime: Réel ou artificiel ?

Le régime jubile. Selon lui, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Son optimisme s’appuie sur sa perception de la réalité. En premier lieu, le sentiment de toute-puissance de Hery Rajaonarimampianina provient du fait qu’il bénéficie du soutien indéfectible du pouvoir militaire. En effet, les généraux nouvellement promus ont fait acte d’allégeance. En second lieu, le Chef de l’Etat a le monopole du pouvoir exécutif. Chaque Premier Ministre n’est qu’une marionnette entre ses mains. En troisième lieu, le Chef de l’Etat peut compter sur le pouvoir législatif. Non seulement il peut s’appuyer sur une majorité confortable au sein des deux Chambres mais le Président de l’Assemblée Nationale et le Président du Sénat lui mangent dans la main. En quatrième lieu, la mainmise de Hery Rajaonarimampianina sur le pouvoir juridictionnel est totale, aussi bien au niveau de la Haute Cour Constitutionnelle que de la Cour Suprême. D’ailleurs, il préside le Conseil Supérieur de la Magistrature. En cinquième lieu, les leaders de l’opposition se sont résignés au silence. Leur attentisme et leur passivité profitent au régime qui a toute la latitude pour avancer ses pions. En sixième lieu, les bailleurs institutionnels et les investisseurs privés ont promis des montagnes de financements qui mettront Madagascar sur le chemin du développement. En septième lieu, plusieurs grandes puissances étrangères soutiennent la politique du Chef de l’Etat malgache. Il faut dire qu’elles protègent leurs intérêts. En considérant ces sept points, le régime a toutes les raisons de voir la vie en rose ou en bleu. Pourtant, lorsque l’on gratte la couche de vernis, on s’aperçoit que le bois est abîmé. En toute objectivité, on peut soutenir que l’optimisme du régime doit être nuancé. Hery Rajaonarimampianina ne fait pas l’unanimité auprès des hauts gradés de l’armée, de la gendarmerie et de la police qui finissent toujours par se ranger du côté de la population. Les promotions massives de généraux sont la preuve que nos dirigeants vivent dans une fausse sérénité. Le pouvoir législatif est volatile puisqu’il est soucieux de ses seuls intérêts à court terme. Nul n’ignore que plusieurs sénateurs et députés ont un pied dans la majorité présidentielle et un autre dans l’opposition. La fonction juridictionnelle n’est pas entièrement acquise au HVM. D’innombrables magistrats sont prêts pour l’alternance dans les prisons. Les opposants se taisent mais ils ne restent pas inactifs. Ceux qui refusent de se faire acheter attendent en embuscade le moindre fléchissement du pouvoir. Les promesses des bailleurs et des investisseurs sont soumises à des conditions qui ne seront pas remplies de sitôt par les autorités malgaches. Enfin, les puissances étrangères sont versatiles par définition. Pour conclure, compte tenu de ces faits et du mécontentement général de la population qui broie du noir en raison de l’insécurité, de l’inflation, du chômage et des délestages, l’optimisme du régime apparaît plus superficiel et artificiel que réel. Son optimisme, qui contraste avec la réalité, est une imposture éphémère. Gonflé de certitudes, le régime marche d’un pas lent mais sûr. Pourtant, il viendra un moment où il devra courir vite et longtemps, comme si le diable le poursuivait.                              

     Phil de Fer

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