Développement: Madagascar, à la traîne parmi les Etats fragiles
0,9% par habitant par an. C’est la moyenne de la croissance du PIB réel par habitant par an depuis 2014, date à laquelle le régime Rajaonarimampianina a accédé au pouvoir. Cette moyenne est calculée sur les données du FMI. Et notons que l’indicateur portant sur la croissance du PIB par habitant par an permet, entre autres, de mesurer le niveau de développement d’un pays. Comme quoi, Madagascar piétine et est même à la traîne parmi les Etats subsahariens fragiles, un des pires classements sur lequel il fugure depuis 2013. Dans ces Etats en effet, la croissance du PIB réel par habitant par an dépasse les 2%. Certes, une progression positive de cet indicateur est notée pour Madagascar, mais elle demeure trop modeste pour atteindre la moyenne régionale. Cette année par exemple, le PIB par habitant est prévu afficher une croissance de 1,6% sur la Grande Ile, soit une très maigre progression de 0,3%. Par contre, les Etats subsahariens fragiles vont enregistrer un taux de 2,4%. Ce qui correspond à une avancée de 1%. En réalité, si cette catégorie de pays affiche des résultats plus convaincants, ce n’est pas le cas pour Madagascar.
Sur les trois dernières années, les dirigeants n’ont pas disposé des ressources nécessaires pour mettre l’économie sur le chemin de la relance. Ils ont seulement réussi en décembre dernier à arracher des bailleurs de fonds des promesses pour financer massivement l’économie. Il faudra donc attendre pour voir tomber cette manne financière et les résultats qui devraient en découler. En attendant, la paupérisation frappe la quasi-totalité de la population, sans parler de l’insécurité alimentaire sévère qui affecte le Sud du pays. Il y a aussi ce grand retard des pluies qui risque fort de compromettre la récolte pour cette campagne culturale 2016-2017 et par la suite la période de soudure de 2017-2018. D’autres crises socioéconomiques se greffent à ces différents problèmes. Ils ne concourent pas pour une amélioration des conditions de vie déjà très difficiles de la majorité. En fait, le pays n’a aucunement assisté à un recul de la pauvreté depuis l’indépendance, contrairement à de nombreux pays africains. C’était seulement sous Tsiranana (1960-1971), au retour de Didier Ratsiraka au pouvoir (1997-2001) et sous Ravalomanana (2003-2008) que le pays a enregistré une croissance du PIB réel par habitant positif. Mais les statistiques sur la pauvreté selon le seuil national ont toujours tourné autour de 70% quelle que soit la période considérée depuis l’indépendance.
Ce qui signifie que la pauvreté est un problème chronique à Madagascar. Et aucun régime n’a réussi à briser ce cercle vicieux, fort probablement par manque de vision pragmatique et innovante. Mas il y a aussi la mauvaise gouvernance, les pratiques illégales qui comptent souvent comme complices des hauts dirigeants et leurs proches, la corruption généralisée impliquant également des responsables de la haute sphère étatique… Ce schéma a toujours cours depuis l’indépendance. Seuls les acteurs et les modes d’opération changent. Voilà pourquoi une étude de chercheurs nationaux et internationaux publiée vers la fin de la transition a parlé des dirigeants successifs, soit comme des bandits stationnaires (et donc élus) ou comme des bandits nomades (sous les régimes de transition).
Fanjanarivo