Filière or : 42 kg saisis depuis septembre, et le reste ?
La filière est toujours juteuse pour les trafiquants. Sans cela, la douane n’aurait pas saisi le total de 42 kg depuis septembre dernier. En fait, le total de cette marchandise a fait l’objet de deux saisies, l’une en septembre et l’autre la semaine dernière. Entre-temps, les cours internationaux connaissent un certain fléchissement : le kilo de lingot est passé de 42 400 dollars en juillet pour se situer à plus de 42 500 dollars en septembre et hier, ils frôlaient les 37 000 dollars. Malgré ce recul, l’or demeure une valeur sûre d’autant plus que l’ariary est toujours faible face au billet vert. La parité dollar/ariary dépasse maintenant le 1 dollar pour 3 200 Ar. Autrement dit, les exportateurs y trouvent leurs comptes et lorsqu’il s’agit d’exportateurs illicites, les bénéfices sont encore plus importants. Le ministère des finances évalue la saisie de la semaine dernière à 700 000 dollars avec des cours qui frôlent donc les 39 000 dollars/kg. Ce prix est sensiblement supérieur aux cours du début de cette semaine, soit 36 950 dollars. Il faut toutefois signaler que les saisies de ces 4 derniers mois représentent à peine 1,4% de l’or expédié tous les ans dans les circuits illégaux. Des experts estiment, en effet, que le total des exportations illégales d’or varie dans une fourchette de 3 à 4 tonnes par an.
Toute cette fortune ne va toutefois que dans quelques poches, fort probablement déjà remplies. Et l’on est amené à s’interroger sur les saisies et les modes d’exportation illégale, puisque le total de l’or exporté suivant ce circuit est immense à côté. Ces questions amènent à penser que si le gros du tonnage part sans être épinglé aux frontières, cela veut dire que des autorités sont probablement impliquées dans les trafics. Un autre scénario est également probable : il se peut que les propriétaires des marchandises saisies refusent de verser des généreuses commissions comme prévu. Mais il se peut aussi que les autorités concernées augmentent ces commissions et brandissent la menace de saisie pour l’exécuter par la suite. Sinon, comment expliquer que le gros du tonnage de l’or exporté illicitement tous les ans échappe aux contrôles aux frontières ? Comment aussi expliquer la maigre réserve en or de Madagascar ? Le pays a pourtant un sous-sol riche en or, face à un pays comme Maurice qui n’a presque rien en matière de ressources minières. Mais l’île voisine affiche une belle réserve de 11 tonnes en août 2016, contre 128 kg pour la Banque centrale de Madagascar.
Si les saisies d’or sont largement médiatisées et amènent le ministère des Finances à le faire à des heures indues, il n’en est rien pour les procès. Pourquoi cette opacité et ce silence sur la suite des affaires ? Si la douane fait son travail en médiatisant les saisies, la justice ne fait pas pareil. Déjà connue pour figurer sur la liste des secteurs les plus corrompus, la justice n’est pas près de jouer la transparence dans ces affaires qui se chiffrent par des centaines de milliers de dollars.
Fanjanarivo