Jiramaty : la plaisanterie a assez duré

La pénurie d’eau ne doit pas occulter les problèmes de délestages. Nous ne pouvons pas nous passer de courant, mais le régime ne mesure pas les conséquences directes et indirectes de ces coupures d’électricité récurrentes. Les grandes sociétés industrielles ne tournent pas à plein régime. Elles ne peuvent pas honorer leurs commandes. Leur chiffre d’affaires a baissé alors qu’elles ont des prêts bancaires à rembourser ou des lignes de découvert à réduire. Il faut s’attendre à des chômages techniques en cascade, en raison des délestages. Ces derniers n’épargnent personne. A titre d’exemple, les petits dispensaires ne peuvent pas stériliser les instruments de chirurgie. Les dentistes doivent reporter les rendez-vous. Les ateliers de soudure électrique et les scieries ne peuvent pas non plus honorer leurs commandes. Les salons de coiffure et les cybercafés perdent de la clientèle. Les clients des magasins d’électroménagers et de produits HI-FI ne peuvent pas essayer les matériels donc ils reportent leurs achats. Les programmes des stations de radio et télévision sont perturbés. Les particuliers et les entreprises ne peuvent charger les téléphones portables. De nombreuses entreprises n’émettent plus que ces reçus manuscrits. Toutes les personnes qui travaillent beaucoup sur un ordinateur doivent recourir à une machine à écrire tandis que ceux dont l’outil de travail est Internet deviennent oisifs, malgré eux. On croirait presque qu’il existe une volonté politique de tuer le petit commerce, et le commerce tout court. Pour le moment, on a recours au système D, mais sera-t-il provisoire ou permanent ? La régression de notre pays est si manifeste que nous devrons bientôt allumer du feu avec du silex. Pendant un moment, les délestages ont été amusants. Pourtant, à force de tourner en boucle, le même gag a fini par lasser. La farce a viré à la tragédie. La plaisanterie a assez duré.

Phil de Fer

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