Gestion des crises socioéconomiques: Digne d’une gestion d’épicerie !
Un épicier sait évaluer ses stocks et se réapprovisionner quand c’est nécessaire. Le régime actuel n’agit pas de même alors qu’il s’agit de gérer les affaires d’une nation. Deux faits majeurs prouvent ce comportement. Il y a d’abord le grand retard des pluies qui a occasionné un gap de 80% pour la production rizicole de contre-saison, d’après les données officielles. Or, le riz de contre-saison permet de juguler l’habituelle flambée des prix pendant la soudure. Toutefois, la sécheresse a détruit 80% de la production attendue. Cette situation contribue à favoriser la spéculation et fait grimper artificiellement les prix sur le marché pour les amener à franchir en un temps record la barre psychologique des 2 000 Ar/kg. Et la série noire ne s’arrête pas là : la grande saison rizicole est également frappée par la sécheresse. Les pluies artificielles déclenchées depuis quelques temps n’y changeront pas grand-chose dans la mesure où les paysans ne disposent plus de semences. De plus, la saison n’est plus au repiquage car repiquer des jeunes plants en cette période reviendra à ne récolter qu’une très maigre production. Les plants de riz repiqués en cette saison pourront d’ailleurs subir le début de froid de l’hiver prochain.
Certes, les conditions météorologiques n’étaient peut-être pas réunies pour produire des pluies artificielles plus tôt, mais les dirigeants auraient pu initier des solutions, comme la dotation massive en semences plus résilientes aux aléas climatiques. Le Centre national de recherche appliquée au développement rural (FOFIFA) dispose de tout un chapelet de variétés adaptées aux différentes conditions agro-écologiques du pays. Mais il ne lui appartient pas de vulgariser ou de produire en grande quantité ces semences. Et c’est ce maillon entre la recherche et la production commerciale qui fait défaut. Ce n’est pas avec une dizaine de centres multiplicateurs de semences et des groupements paysans semenciers que le pays peut augmenter significativement l’utilisation de semences résistantes aux aléas climatiques. La norme est de 50 kg de semences par hectare à renouveler tous les 3 ans. Mais d’aucuns savent que faute de semences améliorées, les paysans prélèvent une partie de leur production pour s’en servir comme semences pour la prochaine campagne rizicole. Et tous les ans, ils procèdent ainsi.
Qu’il y ait donc catastrophe naturelle ou non, le défaut de disponibilité en semences fait partie des problèmes chroniques auxquels font face le monde paysan. Puis, les principaux greniers à riz du pays sont confrontés depuis longtemps à des difficultés comme l’ensablement des rizières, la vétusté des infrastructures, le mauvais état des routes… L’autre fait qui fait réfléchir sur la gestion des affaires nationales porte sur la hausse des frais des taxi-be. Le gouvernement n’a convoqué un conseil spécial que le lendemain de l’application du nouveau tarif par les transporteurs. Ces derniers ont réclamé le versement des arriérés des subventions pour maintenir les frais à leur niveau d’avant. Mais les autorités ont fait la sourde oreille jusqu’à ce que les transporteurs mettent à exécution la menace d’augmenter les frais. Il y a aussi la longue crise de la Jirama. Tous les ans, la période sèche est source de délestages. Mais tous les ans aussi, aucune solution durable n’est proposée pour en venir à bout.
Fanjanarivo