EXPLOSION SOCIALE: Le seul élément qui manque

           En raison d’une conjoncture effervescente, le régime est alarmé au plus haut point. La grogne latente, attisée par une vive flambée des prix, pourrait en effet déboucher sur une explosion sociale dévastatrice. Des émeutes pourraient embraser la capitale et balayer le régime. Cela s’est déjà vu par le passé, en 1972, en 1991, en 2002, etc. Pour endiguer la hausse généralisée des prix, le régime a pris en catastrophe des mesures chocs. Comme l’importation de gros tonnages de riz, l’entente avec les majors pétroliers pour stabiliser le tarif du carburant, le paiement des subventions pour prévenir l’augmentation du prix du ticket des taxis-be, etc. On s’attend à d’autres décisions spectaculaires, tellement le régime est hanté par les émeutes, lesquelles ont d’ailleurs affecté récemment diverses localités de province : Vangaindrano, Namorona, Port-Bergé…

            En fait, dans la capitale, métropole stratégique qui fait et défait les régimes, la population n’est pas près de descendre dans la rue. Même si à cause de l’ampleur des délestages, de la hausse des prix et de la corruption, les bornes sont apparemment dépassées. C’est qu’à Antananarivo, la population est fière et altière, et ne se met pas en mouvement pour des motifs qui manquent de hauteur. Ceux qui comptent sur la vigoureuse hausse des prix pour la pousser dans la rue en seront pour leurs frais. L’histoire l’a démontré, la capitale ne se laisse pas entraîner dans des émeutes « du ventre ». On se souvient des tentatives précédentes qui ont échoué piteusement, comme la manif de rue en tapant sur des casseroles et marmites pour montrer qu’elles sont vides et que le peuple a faim.

   Dans une capitale plutôt hautaine, c’est le « paraître » qui est important. Les gens ne montreront jamais que l’inflation les affecte durement et qu’ils ont le ventre vide. Pour cette raison, ils ont une grande capacité d’encaissement et ne broncheront pas, même si les prix atteignent des seuils intolérables.

            Pour les entraîner massivement dans la rue, il faut une conjoncture de grogne comme celle qui prévaut actuellement, et en plus, un thème mobilisateur d’une certaine élévation. En 1991, c’était le changement de la Constitution, celle de la Révolution socialiste étant contraire à la démocratie et aux libertés. En 2002, c’était la vérité des urnes, le régime de l’amiral ayant verrouillé tout le système électoral (y compris la HCC) pour perdurer au pouvoir. En 2009, c’était « la terre aux nationaux », le régime Ravalomanana ayant cédé de vastes portions du territoire à des multinationales étrangères.

Qu’on se le dise donc, à Antananarivo, les gens ne descendent pas dans la rue pour des histoires de ventre creux. Il faut en plus un thème d’une certaine hauteur pour leur donner de… l’estomac.

Adelson RAZAFY

 

 

 

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