Mauvaise gouvernance: Les mêmes erreurs mais en version plus médiocre
Madagascar est parmi les rares pays à enregistrer un déclin en matière de croissance et de développement depuis 1960, selon une étude de la Banque mondiale publiée vers la fin de la transition. L’avènement du régime Rajaonarimampianina en 2014 n’y a pas changé grand-chose. Pire, il voit les facteurs de mauvaise gouvernance s’aggraver. Soulignons, en effet, que cette crise socioéconomique chronique s’explique par la priorisation d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général du pays. Et cette mauvaise gouvernance se vérifie dans trois points, en l’occurrence la concentration du pouvoir politique et économique, le détournement des ressources naturelles et la dépendance aux aides extérieures, et le manque de responsabilisation des dirigeants politiques. Le régime Ravalomanana a particulièrement excellé dans la concentration du pouvoir tant politique qu’économique. Cette domination a été très visible dans le sens où elle a concerné presque exclusivement le TIM, côté politique, et le groupe Tiko pour le domaine économique. L’on se rappelle qu’à l’époque, de nombreux secteurs juteux étaient monopolisés ou quasi-monopolisés par les entreprises de l’ex-président. Citons la filière lait, l’importation de produits alimentaires comme le riz, l’huile alimentaire ou d’autres produits de première nécessité, etc.
Cette consolidation du pouvoir économique autour de l’élite financière a beaucoup contribué à élever de nombreux obstacles contre l’investissement privé et a création de nouvelles entreprises. Le même schéma se reproduit actuellement à la seule exception que le pouvoir économique se concentre non pas dans les seules mains du président de la république, comme sous Ravalomanana, mais dans celles d’amis et proches du pouvoir. Il y a, en quelque sorte, un partage du gâteau mais la population ne profite même pas des miettes, contrairement à ce qui s’est passé sous Ravalomanana. Ce dernier a commis des graves erreurs de gouvernance certes, mais il a réussi à impulser un début de mouvement pour l’essor de l’agriculture, il a réhabilité une partie du patrimoine des routes nationales… Le pouvoir actuel n’a réussi à convaincre les bailleurs de fonds à promettre un important financement que dernièrement. Il ne dispose donc pas de ressources pour engager des actions de développement pendant toute la 1ère moitié de son mandat. Et c’est encore le cas maintenant puisque rien n’est encore tombé de la manne financière promise à Paris par les bailleurs.
Concernant le détournement de ressources naturelles, il a toujours existé mais seule son ampleur chang suivant les régimes. La Banque mondiale parle de commerce illicite de pierres et bois précieux, de plantes et produits de la pêche. Les trafics de bois de rose ont, par exemple, commencé sous Ravalomanana pour exploser pendant la transition et jusqu’à maintenant. Et aucun cerveau de ces trafics n’a été inquiété ou emprisonné. Auparavant, les pierres précieuses dont le saphir, et le rubis ont fait l’objet de trafics intenses, alors que pour ces deux pierres, Madagascar compterait respectivement pour environ 15% et 10% de la production mondiale. Actuellement, l’or est la cible de l’exportation illégale. Pour ce qui est du manque de responsabilisation des dirigeants politiques, la situation empire : Madagascar régresse concernant l’indice de perception de la corruption et ce, malgré de nouvelles lois et stratégie. En fait, c’est la volonté politique qui fait défaut. Et l’on ne parle plus du système judiciaire corrompu, de la culture de l’impunité tant au niveau de l’administration que des proches et amis du régime.
Fanjanarivo