7 Février 2009: Un procès à recommencer

Rue jonchée de corps étendus, blessés graves aux yeux vitreux, cadavres sanglants empilés dans la cour de l’hôpital, etc. Les images horribles et les scènes insoutenables du 7 février 2009 ont été encore une fois servies par les chaînes Tv et les journaux écrits, lors de la commémoration hier du carnage devant le palais présidentiel d’Ambohitsorohitra. Les rétrospectives ont privilégié le côté spectaculaire de l’événement et sont passés à côté de la question centrale : qui sont les vrais responsables de cette tuerie ?

Rappelons qu’un procès sur la tuerie a été organisé et a abouti le 27 août 2010 à la condamnation du chef d’Etat Marc Ravalomanana (la prison à perpétuité) ainsi qu’à 17 autres « co-auteurs ». Mais au pays comme à l’étranger, le traitement judiciaire de l’affaire a surtout fait sourire car manquait de crédibilité. Il s’agissait effectivement d’une « justice des vainqueurs », administrée par ceux qui ont accédé au pouvoir grâce au carnage. C’est-à-dire que seuls les pseudo-instigateurs des tirs ont comparu devant le tribunal, certains d’ailleurs comme Marc Ravalomanana ont été absents mais ont quand même été jugés par défaut. Quid alors de ceux qui, dans un but politiquement intéressés, ont poussé leurs partisans devant le palais présidentiel et savaient qu’ils allaient devant une mort certaine ? Car le secteur étant classé « zone rouge », les défenseurs étaient dans leur droit s’ils réagissaient contre les envahisseurs. Il importe de recommencer le procès du 7 février, d’abord car une atmosphère moins passionnée, et donc apaisée, est plus propice à la manifestation de la vérité. Ensuite car en établissant les vraies responsabilités, y compris du côté de ceux qui ont entraîné les foules vers la mort, on dissuade les chefs politiques qui veulent rééditer cette initiative malheureuse.

Notons en effet que les marches vers le palais présidentiel se sont répétées dans notre histoire. Les instigateurs visant soit une démission rapide du chef d’Etat en place, soit des tirs pour créer des martyrs, soit enfin le discrédit du régime pour cause de « massacre de masse ». La première procession de cette nature eut lieu le 18 mai 1972, après les accrochages meurtriers entre forces de l’ordre et manifestants étudiants devant l’hôtel de ville d’Analakely. Bien que bloquée par l’Armée au niveau d’Andohalo (le palais d’Andafiavaratra abritait alors le siège de la Présidence), la marche exerça une vive pression sur le chef d’Etat qui, dans la nuit, remit les pleins pouvoirs au chef de l’Armée.

La seconde s’est déroulée le 10 août 1991, quand les Forces Vives, lasses de manifester quotidiennement sur la Place du 13 Mai, ont entraîné leurs troupes vers le palais présidentiel d’Iavoloha pour une « marche de la liberté ». La garde présidentielle ayant réagi de façon musclée, les échauffourées se sont soldées par une quarantaine de morts. La troisième fut celle du 7 février 2009 et dont la genèse sur la Place du 13 Mai fut la suivante : le chef d’Etat insurrectionnel Andry Rajoelina ayant nommé un Premier ministre en la personne de Monja Roindefo, il enjoignit ce dernier de s’emparer du palais d’Ambohitsorohitra pour en faire le siège de son gouvernement.

Bref, à chaque fois, les gens marchent et se font tuer en nombre, mais les instigateurs… courent toujours.

Adelson RAZAFY

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