Rétention des stocks de riz: Encore des grossistes épinglés !

La rétention de stocks de riz existe bel et bien, puisque des grossistes ont été pris en flagrant délit dans la ville de Tsiroanomandidy, d’après des sources locales. Dans cette ville du Moyen-Ouest, le riz a grimpé jusqu’à 3 000 Ar/kg. C’est un fait inabituel, même en période de soudure pour cette zone parmi les grandes productrices de riz. Dans la capitale, l’on attend les résultats des descentes effectuées par les agents du ministère du Commerce chez les grossistes. Mais qu’en est-il des petites localités où les prix du riz connaissent aussi des poussées inflationnistes ?

Les importations de riz débarquées récemment vont-elles aider à faire descendre la fièvre inflationniste ? Il faut souligner que si 10 000 tonnes sur les 40 000 tonnes importées dernièrement, sont réservées pour le Sud, les 30 000 tonnes restant constituent le tonnage mensuel importé en temps normal, d’après les données du ministère du Commerce. Or, le gros gap de la production de contre-saison estimé à 80% devrait nécessiter un volume d’importation plus conséquent. Il en devrait être de même pour les prochains mois.

En effet, la grande saison rizicole également frappée par la sécheresse ne pourra pas couvrir les besoins en consommation. Ce qui signifie que les importations qui devraient se situer à 360 000 tonnes pour cette année, sont appelées à augmenter de manière significative. Sans cela, les prix seront toujours appelés à flamber plus tôt que prévu, soit bien avant la prochaine soudure 2017-2018.

En attendant, il faut signaler qu’avec une production agricole insuffisante et affectée de surcroît par les aléas climatiques, Madagascar est loin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire. Cet objectif a été pourtant annoncé par un visionnaire appelé Didier Ratsiraka dès les années 70, sans que ce dernier ait engagé une politique agricole pour relever ce défi. Ses successeurs ont agi pareillement. Seul Marc Ravalomanana avait une vision et une politique agricole plus élaborées, mais trop occupé par l’expansion de son propre groupe, il n’a pas foncé à fond.

Si en 2008 donc, la production de riz de contre-saison a dépassé l’objectif prévu grâce à des subventions sur l’engrais et les semences, ce beau résultat ne s’est plus vérifié par la suite. Les concours agricoles étaient aussi un moyen pour stimuler la production. Mais de nombreux facteurs restaient encore à maîtriser. Citons le manque d’entretien des infrastructures hydroagricoles, le changement climatique qui exige des techniques et intrants plus adaptés, le mauvais état des pistes rurales délaissées presque complètement sous Ravalomanana… Avec 1,2 million d’hectares de rizières qui occupent 2 millions de ménages ruraux, la filière rizicole devrait pourtant figurer parmi les moyens pour sortir le monde rural de la pauvreté. Mais à condition qu’elle affiche une bonne productivité. Pour l’heure, la moyenne nationale est encore inférieure à 4 t/ha.

Si les dirigeants oeuvrent de manière à doubler le rendement, 10 millions de personnes ou la moitié de la population verront leurs conditions de vie changer positivement. En effet, un ménage compte en moyenne 5 personnes. Mais le riz n’est pas le seul concerné. La promotion de la filière manioc devrait aussi être intégrée dans la politique agricole. Elle occupe 30% des superficies cultivées et ce n’est pas négligeable. Mais le rendement est faible (3 t/ha). Ces données du Plan national de développement (PND) montrent à la fois la faiblesse de ces deux filières et leurs potentiels qui ne demandent qu’à être exploités.

Fanjanarivo

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