Contre la flambée des prix: Des mesures… “révolutionnaires” !

Didier Ratsiraka observe certainement l’évolution de la situation actuelle avec une nostalgie mélancolique. Car affolé par la vive flambée des prix, l’actuel régime agit exactement comme du temps où il était président du Conseil Suprême de la Révolution et chef de la Révolution socialiste malgache (1975-1991). Les temps maintenant sont autres, car transformés par la privatisation des entreprises publiques, la mondialisation et la libéralisation. Mais à court d’idées, le régime recourt à un remède de naguère : l’intervention de l’Etat dans l’économie. Il est vrai qu’avec la montée de la grogne, le spectre d’une explosion sociale se profile avec de plus en plus de netteté. Pour éviter d’être balayé par des émeutes dévastatrices, le régime évite de s’en remettre à des tiers, et ne compte plus que sur lui-même.

Dans le domaine du riz, les sociétés d’Etat Sinpa et Sonaco ont disparu et ne peuvent plus faire venir le riz dit « stock-tampon » pour faire face à la période de soudure. Que fait l’actuel régime ? Il place un fusil dans les reins de riziers et les contraints à importer massivement du riz de l’étranger. Dans le même temps, il annonce qu’avec l’arrivée imminente de 40 000 tonnes de riz, le stock n’est pas menacé et il importe pour tout un chacun de ne pas accumuler des réserves. Comme sous la Révolution, il dénonce les « sabotages économiques » et intimide les grossistes : des contrôles seront opérés dans les entrepôts et ceux surpris en train de commettre de la rétention de stock seront traduits en justice. Il agite même l’épouvantail de la réquisition qui permet à l’Etat de confisquer les stocks illicites et de les écouler sur le marché…

En ce qui concerne le carburant, la Solima, qui exerçait un monopole étatique sur le produit, a été démembrée et privatisée. Mais des solutions de rechange sont mises en œuvre pour reprendre en main le secteur et juguler la hausse des prix. C’est ainsi que des accords sont conclus avec les majors pétroliers, incitant ceux-ci à maintenir temporairement le tarif et même à abaisser les prix jusqu’à un seuil « tolérable ». Il est vrai que depuis toujours, les sociétés pétrolières se montrent accommodantes vis-à-vis des gouvernements et ont tendance à accéder à leurs vœux. En contrepartie de la baisse du tarif, des compensations seront attribuées aux majors, quoi qu’en disent le FMI et la Banque mondiale. Les temps sont à l’urgence et le plus important pour le régime est de ne pas être éjecté de son siège… Si les sociétés pétrolières avaient refusé de « collaborer », comme jadis, le régime les aurait traités d’ « agents de l’impérialisme » et de « réactionnaires » et les aurait expulsés…

Jadis, la Révolution se sentait menacée et encerclée et dénonçait les « contre-révolutionnaires ». Actuellement, le régime a aussi l’impression d’être l’objet d’un complot et pointe le doigt sur les « saboteurs » et les « fauteurs de troubles ». Bref en matière d’économie, c’est aux mêmes réactions que la stérilité … donne le jour.

            Adelson RAZAFY

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