Edito: Les conditions non remplies, n’en déplaise au président
«Les conditions sont remplies pour développer le pays ». Le président de la république a réitéré à Vohibato, Fianarantsoa la semaine dernière ce qu’il a déjà déclaré lors de la présentation de vœux à Iavoloha en début d’année. Parmi ces conditions, il y a le Plan national de développement (PND) soutenu par les bailleurs de fonds et les investisseurs étrangers, toujours d’après le président. Mais le développement n’est pas qu’affaire de financements qui de plus, dépendent largement des bailleurs de fonds. Qu’en est-il de la gouvernance des affaires nationales fortement malmenée par la corruption dont l’ampleur ne cesse de grandir, de l’énergie en crise perpétuelle, de la vaine lutte contre le blanchiment d’argent sale dans un contexte économique dominé par les trafics illicites de richesses naturelles, de détournements de deniers publics, etc. ? Madagascar a encore beaucoup reculé en termes de lutte contre la corruption en passant du 123ème rang en 2015 au 145ème en 2016. Le pays s’éloigne de la moyenne requise (50/100) pour atteindre l’objectif de 2030 puisqu’il n’affiche que 26/100, d’après Transparency international. Ce fort recul se vérifie dans les faits. L’on se souvient des doléances du Bureau indépendant anticorruption (Bianco) sur les sanctions trop légères ou même sur l’absence de sanctions contre des personnes fortement soupçonnées de corruption dans des grosses affaires illégales.
Le service de renseignements financiers sur le blanchiment d’argent (Samifin) connaît le même problème : sur 130 dossiers traités, un seul a fait l’objet d’une sanction pénale en 2016. Pourtant, la corruption et le blanchiment d’argent font partie du fléau qui affecte l’économie. Les ressources fiscales et autres mais légales qui devraient découler des activités concernées ne sont pas perçues par l’Etat. Ce dernier est donc obligé de dépendre toujours un peu plus des bailleurs de fonds. Le Programme d’investissement public (PIP 2017) sera financé à hauteur de 76% par les aides extérieures, contre 70% dans les années 2000. L’Etat n’assure qu’une part modeste car les financements internes sont trop maigres pour cela. Or, ils devraient être plus étoffés via les fruits de la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent sale. Ici aussi, les conditions soi-disant remplies ne le sont pas pour développer le pays. Et comme la quasi-totalité des villes et les abonnés de la Jirama le savent, les délestages empirent et ont provoqué des manifestations estudiantines dernièrement. Les opérateurs économiques ne peuvent qu’avoir recours à des groupes électrogènes qui génèrent des dépenses supplémentaires. Celles-ci rognent sur leur compétitivité déjà malmenée par un climat des affaires difficile.
Pour les entreprises donc, les conditions ne sont pas remplies pour améliorer un tant soit peu leur compétitivité. Quant aux ménages, leurs conditions de vie se dégradent. Il n’y a qu’à revenir sur la flambée des prix du riz provoquée par des riches opportunistes soutenus par des hauts responsables étatiques. Ils n’ont pas hésité à affamer les consommateurs pour faire circuler des rumeurs de rétention de stocks, lesquelles ont fait bondir les prix. Du coup, ils ont fait venir des cargaisons de riz sans pour autant être des professionnels du secteur. Mais c’est pour se faire des milliards d’ariary sur le dos des opérateurs formels et des consommateurs pauvres. Une telle pratique révèle l’absence de l’Etat face à un problème crucial qui touche l’assiette même des Malagasy.
Fanjanarivo