chronique de N Razafilahy: Les combines érigées au rang de pratiques administratives
En mettant sans cesse en avant dans les discours officiels une autosatisfaction sur une prétentieuse, mais combien trompeuse réussite au niveau des aspirations populaires, le régime dirigé par Hery Rajaonarimampianina se complait dans l’illusion. « Les conditions sont maintenant remplies pour que Madagascar se mette sur l’orbite d’une émergence harmonieuse, par le travail, la solidarité, et l’unité. Nous évoluerons désormais plus vite, en veillant à asseoir un développement harmonieux de toutes les régions, animés par la fierté nationale et le respect de notre souveraineté,» disait-il la semaine dernière à Alakalakamisy-Itenina. A mi-mandat, le chef d’Etat a tort de se gargariser de déclarations d’un optimisme de façade qui collent très mal avec les prouesses condamnables de sa cour et de ses propres collaborateurs.
Le paysage médiatique de Madagascar, les observateurs internationaux et les organismes indépendants qui ont pour vocation de contrôler la bonne marche des affaires étatiques sont unanimes pour constater que les combines envahissent toutes les administrations. Elles portent surtout atteinte, encore et toujours à la gestion des finances publiques, à l’exploitation rationnelle et légale de toutes les ressources et à la bonne administration de la justice. Il est indéniable que même depuis la nuit des temps, selon les écrits de Françoise Raison durant l’ère monarchique la royauté et une « minorité de privilégiés placés à la tête de l’Etat vend aux Européens les produits prélevés dans les zones conquises. » Selon la même source, il s’agissait là de pratiques qui ont provoqué une «cassure irrémédiable entre des populations côtières pressurées et un pouvoir dont l’objectif principal semble être devenu d’organiser l’exploitation de la périphérie du royaume.» En ce temps-là déjà, à cause de ce « monstrueux détournement du service public dû par la population en échange de ses fonctions d’entrepreneur et d’arbitre », l’Etat faisait l’objet d’un phénomène de refus car « la population était aux abois ». Et qu’à cause de ce déviationnisme des dirigeants «le fossé se creuse particulièrement à l’intérieur de l’armée entre simples soldats et officiers… ». Selon Françoise Raison toujours, le climat politique avait atteint tel niveau de contradiction conflictuelle que les observateurs de l’époque «analysent rageusement le système en place comme on ferait tomber le masque hypocrite, dénoncent la tyrannie et la cupidité de l’oligarchie. » Une telle conjoncture ne vous rappelle-t-elle pas quelque chose d’analogue, quand on regarde de très près les réalités politiques actuelles à travers les communiqués de Sefafi ?
Un analyste dont nous tairons l’identité par précaution et pour lui éviter des représailles possibles, avait eu le courage de commenter dans les réseaux sociaux des indiscrétions sur l’affaire LUMINA. Spécialiste du Droit, il nous affirme avec une pertinence très professionnelle que « les tribunaux spéciaux, les mesures spéciales …ne sont faits que pour apaiser une opinion internationale prête à sanctionner. Le plus important, c’est de se focaliser sur les fruits de ces trafics en tous genres, les enrichissements illicites générés, les produits des blanchiments tels les immobiliers et les voitures de luxe. La loi sur le financement des partis politiques et des élections devrait aussi voir le jour pour pouvoir baliser tout cela. Malheureusement, pour ce faire, il faut de la part des décideurs politiques une forte dose de courage. Or, le déficit est flagrant. Parce que de nos jours, les ententes illicites sur les activités interdites par nos lois sont contournées avec ruse et savoir-faire par des hauts responsables qui en tirent des profits pharaoniques inimaginables pour de simples gens. Nous allons tous tomber à la renverse lorsque selon les vœux de cet admirable et honorable râleur de James Ratsima, les journalistes oseront un jour livrer au public, après des sérieux efforts d’investigation la liste détaillée de tous les affairistes malgaches et étrangers qui ont fait fortune et sont devenus multimilliardaires dans des conditions que la légalité reprouve. A la manière de toutes les mafias européennes, américaines et asiatiques leurs modèles et partenaires, les parrains de notre île ont mis au point des combines très astucieuses qu’ils sont arrivés presque à neutraliser les bonnes volontés des juges les plus intègres par la dissuasion. Les comptes numérotés anonymes dans les banques off-shore ne sont pas fait pour les chiens. Les exemples ne manquent pas. Le grand port de Toamasina est le terrain favori de ces vols, trafics et autres fraudes en IMPORT-EXPORT sur lesquelles les braves fonctionnaires des services des douanes ne peuvent pas agir à cause des ingérences illégales et antiéconomiques de GASYNET, cette organisation douteuse parrainée et pilotée en sous-main par un ancien Directeur Général des Douanes également actionnaire. Elle est relayée par certains services et fonctionnements très inavouables de MICTSL malgré les objectifs avoués, la ville de Toamasina est devenue le théâtre de tous trafics et autres violations de la loi sous la protection d’une complicité payante des corrupteurs. Est-ce qu’il y a une relation de cause à effet entre la décision du MINISTERE DE L’ENVIRONNEMENT, DE L’ECOLOGIE ET DES FORETS prenant l’initiative de ce « Décret abrogeant la nomination du Directeur Régional de l’environnement, de l’Ecologie et des Forêts de la Région SAVA » et cette mention laconique du communiqué du Conseil des Ministres du 8 Février dernier « En marge de l’Ordre du jour du Conseil des Ministres, une information a été communiquée par le Premier Ministre, faisant état de l’arraisonnement d’un navire portant le nom de “Lumina” et de l’arrestation de son équipage pour tentative d’exportation de bois de rose à partir de Vinanivao, à proximité du Cap Masoala. L’enquête est en cours » ? « Ecoute mon ami, Ecoute dans le vent, Ecoute la réponse dans le vent… », disait un fameux tube de Richard Anthony.