édito: Souveraineté nationale, un vain mot
«Il faut respecter la souveraineté nationale et avoir de la fierté nationale ». Cette phrase a été lâchée par le président de la république la semaine dernière lors de sa descente dans la Haute-Matsiatra. Mais qu’en est-il de l’inertie totale du pouvoir concernant la récupération des îles éparses dont Juan de Nova de la main de la France ? Situé à moins de 150 km de la côte ouest de Madagascar, cet îlot qui doit logiquement faire partie du territoire malagasy, est riche en hydrocarbures. L’exploration effectuée par deux compagnies ayant été autorisée par la France pour y mener ces travaux ont été très intéressants. Les résultats ont été publiés en 2012 et ont fait état d’un grand gisement de pétrole qui pourrait être similaire à celui de la mer du Nord, celui-là même qui a fait et continue à faire la fortune de la Norvège. Pour Madagascar, la revendication des îles éparses date du régime Ratsiraka. Ravalomanana n’y a pas touché. Rajoelina non plus. En revanche, le président Hery Rajaonariampianina a promis de négocier la gestion de ces îles par Madagascar. C’était lors de la campagne présidentielle de décembre 2013. Quelques mois plus tard quand il était élu et en voyage aux Etats-Unis, il a répondu aux journalistes que les îles éparses seraient à cogérer avec l’ancien colonisateur !
La souveraineté nationale n’est donc qu’un vain mot. Et en septembre 2014 à Paris, le président malagasy a convenu avec son homologue français d’entamer les négociations. Pour ce faire, un comité a été censé être mis en place par le ministère des affaires étrangères des deux pays. Depuis, rien de concret n’a été fait. Pire, les autorités malagasy n’ont voulu rien entendre en ce qui concerne la revendication des îles éparses lors du sommet de la francophonie en novembre dernier. Il faut pourtant souligner que malgré un accord conclu depuis quelques années entre la France et l’île Maurice pour la cogestion de l’îlot de Tromelin, le parlement français a reculé dernièrement pour en discuter et le ratifier éventuellement. Ce qui signifie que les négociations ne se font pas en un coup d’œil. Elles exigent d’abord la volonté de l’Etat d’aller de l’avant avec des techniciens multidisciplinaires rompus à ce genre de négociations. Ensuite, il faut un suivi strict du dossier et faire du lobbying à l’international pour exercer des pressions sur la France. Les dirigeants actuels sont loin d’adopter cette voie. Dans ce cas, parler de souveraineté revient à faire de la démagogie.
Il s’agit pourtant d’une importante richesse à même de réduire de manière très significative la dépendance aux financements extérieurs et de laisser en même temps un bel héritage aux générations futures. Pour l’heure, le pays s’éloigne de la souveraineté économique puisque 76% du Programme d’investissement public (PIP 2017) sont assurés par les aides extérieures, contre une moyenne de 70% dans les années 2000. Madagascar n’arrive non plus à nourrir correctement sa population faute d’une bonne productivité agricole. Ce problème trouve ses sources dans plusieurs domaines dont l’insuffisance des infrastructures hydro agricoles, le manque d’entretien des barrages existants, la pauvreté des paysans qui les empêche d’accéder à des intrants de qualité et à des matériels modernes… Comme quoi, il n’y a pas lieu de faire le fier, contrairement à ce que le président de la république a déclaré à Vohibato à Fianarantsoa la semaine dernière. Au contraire. Les dirigeants devraient faire profil bas et chercher tous les voies et moyens pour sortir le pays de la misère.
Fanjanarivo