Befandriana Nord: Pourquoi aucune commission d’enquête ?

Des exactions ! Le mot n’est pas trop fort pour exprimer les « actes de barbarie » de l’expédition punitive de la Police nationale à Befandriana Nord rapportés par des témoins oculaires. En racontant ce qu’ils ont vu et vécu, ces témoins sont encore visiblement effrayés et demandent à ne jamais être cités « sous peine de subir une autre vengeance des policiers ».

La concordance des informations rapportées par les différents organes sur ces tristes évènements tend à confirmer leur véracité. Les excuses présentées par le ministre de la Police seraient  d’ailleurs éloquentes (lire notre éditorial en page 5).

Bref, des bavures policières (pour ne pas dramatiser la situation), il y aurait bien eu dans cette partie de l’île. Hery Rajaonarimampianina a-t-il peur des policiers en ne réagissant point ? Il faut dire que le chef de l’Etat ni les services de la présidence restent totalement silencieux devant ces évènements. Pareil pour le Premier ministre et son entourage. On n’a pas daigné envoyer un haut responsable sur place rien que pour réconforter les habitants des 5 villages incendiés par « la folie meurtrière » de qui l’on sait. Même le BNGRC (bureau national de gestion des risques et catastrophes) avoue n’avoir envoyé sur place une équipe de secours que samedi dernier. « On ne sait pas s’ils sont déjà arrivés à destination », déclare la permanence que nous avons eu au téléphone, hier en début de soirée, qui quelques minutes auparavant disait « n’être au courant de rien ». En tout cas, faute de moyens ou sur instruction d’en haut lieu, le BNGRC n’a pas jugé utile de se déployer rapidement pour venir au secours d’au moins 2500 personnes sans vivres ni toit. A l’exception de la députée élue dans la région, les parlementaires sont muets comme une carpe. L’Assemblée nationale a adopté son éternelle attitude de démission. Le président du Sénat, lui, est excusé pour n’être rentré au pays que samedi dans la nuit après une mission en Iran. Et c’est tant mieux parce le vice-président du Sénat pour la province de Mahajanga, où se sont déroulés ces évènements, s’en fout éperdument. Après avoir plongé le football malgache dans les abysses, Ahmad est plutôt occupé à son ambition de ravir la présidence de la Confédération africaine de football.. Son départ serait la chose la plus merveilleuse qui arriverait au football malgache. Au-delà de cette perspective réjouissante, le pays gagnerait beaucoup en créant une commission d’enquête sur les actualités de Befandriana Nord.

Il est, en effet, plus qu’urgent pour faire la lumière et toute la lumière sur ces évènements. S’il y eut vraiment des représailles policières contre les habitants de Befandriana Nord, qu’on sanctionne sévèrement les membres de l’expédition punitive et ceux qui leur ont donné ordre d’agir ainsi selon la loi en vigueur. C’est le seul et unique moyen pour rétablir des relations normales de respect et de confiance entre d’une part la population et d’autre part, la police nationale et les dirigeants sous l’ordre desquels cette force agit.

Pour que les policiers ne se sentent pas être les seules victimes d’un système  où chacun agit à sa guise en toute impunité, qu’on accélère par exemple l’affaire de corruption sur l’examen de recrutement de gendarmes impliquant des officiers généraux et restée étrangement sans suite après le déferrement auprès de la chaîne pénale anti-corruption. Qu’on ouvre également une enquête sur la tuerie de Beroroha.

Mais il appartient surtout au président de donner enfin le ton pour rétablissement effectif de l’Etat de droit ? Qu’il fasse d’abord le ménage dans son entourage, ce qu’il aurait promis depuis longtemps aux bailleurs de fonds et à nos partenaires techniques. Son directeur de cabinet Henry Rabary-Njaka a été bien limogé, mais ce n’était qu’une forme car l’avocat demeure omniprésent auprès du chef de l’Etat. Avec son collègue et ami Philippe Lecrec, il ferait la pluie et le beau temps à Madagascar. Philippe Lecrec, rappelons-le, est le vrai responsable du plagiat du discours de Nicolas Sarkozy lors de l’investiture de Hery Rajaonarimampianina, le 25 juin 2014 à Mahamasina.

D’après des sources concordantes, cet avocat français se présenterait auprès du couple Rajaonarimampinina comme le sésame qui ouvre les portes en France. Il jouerait notamment la carte de son épouse, Sophie Deniau qui est la fille d’un grand politicien, Jean-François Deniau lequel a occupé de hautes fonctions dont celui de secrétaire d’Etat à la Coopération. Sophie Deniau aurait été également adoptée par Jacques Toubon, une autre grande figure de la droite qui a été ministre de la Culture, puis de la Justice. Avec une telle carte, il se croit tout permis. L’ACD (advance cargo declaration), c’est lui. L’affaire ZTE, ce serait encore lui. D’après des informations qui restent à confirmer, c’est lui qui aurait conseillé au président Rajaonarimampianina de ne pas intervenir dans le contrat pourri de livraison de 6500 compteurs à la Jirama. L’argument serait qu’une rupture du contrat irait nuire les relations d’une part avec la Banque mondiale, dont la bonne gouvernance est pourtant électrocutée par cette affaire, et la Chine d’autre part car ZTE est une entreprise chinoise. Ce que ne sait peut-être pas notre président est que le second et le troisième soumissionnaire sont tous des entreprises chinoises. En cas de rupture du contrat avec ZTE, le marché est donc toujours assuré d’être attribué à la Chine.

Des rumeurs commencent également à enfler à l’encontre du personnage sur les exportations de chrome. En attendant les confirmations, celles sur la concession des aéroports d’Ivato et de Nosy-be ressurgissent de plus belle avec les dossiers au Bianco. Cette fois-ci, il n’aurait pas agi seul mais avec son copain Henry Rabary-Njaka et un autre « expatrié », James Andrianalisoa, le patron de l’ACM, qui a formellement tout décidé.

Bien avant l’accession au pouvoir de Hery Rajaonarimampianina, ces trois caballeros agissaient déjà en toute puissance et en toute impunité. Et ils le continuent plus que jamais. Et comme l’impunité se généralise, doit-on alors s’étonner si la population agit selon sa justice, et que les policiers réagissent pour ce qu’ils considèrent aussi comme justice ?

Salomon Ravelontsalama

Ajouter un Commentaire