Vindictes populaires: La libération par la violence

Avant de dénoncer les vindictes populaires, il faut essayer de les comprendre. C’est le seul moyen de les réduire. Pourtant, le régime n’a pas pris la bonne voie. Soit il fait l’autruche en se cachant la tête sous le sable. Soit il joue la carte de la répression aveugle et se trompe d’ennemis. Sa première erreur est d’avoir eu la naïveté de croire que la restauration de l’ordre constitutionnel suffirait à rétablir l’ordre sécuritaire. Sa seconde erreur est d’avoir piétiné un Etat de droit déjà fragile. Le système est tellement rongé par la corruption qu’il fallait bien que tout vole en éclats. Le retour à une justice collective aux méthodes les plus primitives prouve l’ampleur du désarroi. Il est urgent de rétablir le contrat social. Les représailles collectives surgissent lorsque les injustices prennent le dessus. Les vindictes populaires s’invitent lorsque certains policiers, gendarmes et magistrats font et défont la loi. Il faut bien comprendre que les vindictes populaires actuelles résultent d’une longue série de négations de droits fondamentaux. Des personnes, qui sont dans leur bon droit mais qui perdent leur procès à chaque fois qu’elles saisissent devant la justice, finissent par s’énerver. Frustrées et opprimées, elles se sentent aliénées et choisissent de prendre leur destin en main, en se disant qu’elles n’ont plus rien à perdre. Voilà où nous en sommes. En plus d’avoir faim, les gens ont soif de justice. Ils crient « nous n’avons pas besoin de votre charité, nous voulons la justice » (Proudhon). Enchaînés à l’injustice, les malgaches veulent s’en défaire. La justice populaire est donc l’expression d’une forme de libération. La libération par la prière collective a fait son temps. Voici malheureusement venu le temps de la libération de la violence collective. Il y a certes beaucoup d’horreur dans les scènes de justice populaire mais il est nécessaire remonter aux origines du mal. Une des origines est la suivante : la justice populaire progresse quand la justice républicaine régresse. Il n’est pas question ici de légitimer les crimes découlant des vindictes populaires mais de comprendre celles-ci pour mieux les prévenir.

Phil de Fer

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