Trafic de visas: Les petits poissons paient pour tous !
Un faussaire en visa et carte de résident a été déferré au parquet hier, selon un communiqué de la Gendarmerie nationale. L’homme a été appréhendé, jeudi dernier, sur le parking du centre commercial d’Ivandry Alarobia après une enquête menée depuis plusieurs semaines. Aussitôt arrêté, le faussaire a dénoncé un complice résidant à Ambohimiandra où les gendarmes n’ont pu trouver que du matériel d’impression, de faux cachets du ministère de l’Intérieur, de faux passeports, de fausses cartes de résident et un pistolet.
Le présumé complice a disparu mais l’enquête se poursuivra après le déferrement de son compère, assure la Gendarmerie en sollicitant plus que jamais la collaboration de la population par la transmission des informations susceptibles d’aider les enquêteurs. D’autant plus que ces derniers sont convaincus de faire face à un vaste réseau de faussaires..
En fait, c’est le ministère de l’Intérieur qui a mis, à la fin de l’année 2016, les gendarmes sur l’affaire en leur transmettant « une lettre anonyme faisant état de l’existence à Antananarivo d’un réseau de faussaires escroquant de nombreux étrangers qui croient que les membres du réseau peuvent délivrer des visas et des cartes de résident ». Le communiqué n’indique pas si le faussaire arrêté a indiqué le montant exigé pour ces documents. Tout ce dont on est sûr est que c’est la première fois qu’une arrestation de ce genre a été opérée alors que les faux passeports, cartes de résident mais aussi carte d’identité nationale existent depuis fort longtemps. Depuis notamment la fin des années 80 où d’après des spécialistes du dossier, des Chinois de Taïwan puis de la Chine continentale arrivaient à Madagascar pour se faire délivrer à prix fort un passeport malgache et émigrer par la suite au Canada. On parlait de quelques dizaines de millions de francs pour un passeport.
Puis vinrent les Sri-lankais et les Africains attirés par le saphir extrait du gisement d’Andranodambo Amboasary puis d’Ilakaka et les pierres précieuses qui ont connu une véritable éclosion avec le démantèlement du système socialiste. Les Chinois ne sont nullement en reste en récoltant en ville ce qui échappe aux collecteurs installés sur les lieux de production. Les formalités de visa étant encore très sévères, la corruption a fait le reste pour les étrangers qui s’installent dans notre pays.
Depuis, on a vu des Chinois titulaires d’une carte d’identité nationale en bonne et due forme et avec un nom malgache des fois. Des étrangers titulaires d’un visa de tourisme délivré à l’aéroport d’Ivato se font délivrer une carte de résident pour 3 ans sans avoir quitté le pays ni demander au préalable un visa transformable en long séjour. Et pourtant, la législation en la matière est claire en exigeant d’un titulaire de visa touristique à sortir du pays et demander auprès d’une ambassade malgache un visa transformable en long séjour avant de revenir. Est-ce à dire que les documents délivrés aux étrangers avec une célérité inouïe sont tous des faux délivrés par le réseau de faussaires ?
Il faut reconnaître que ces faux sont favorisés par le ministère de l’Intérieur lui-même. Ce département s’est précipité pour instaurer un passeport biométrique qui est certes exigé partout dans le monde après les attentats du 11 septembre 2011 et la carte de résident biométrique. Mais malgré les importantes sommes d’argent exigées pour la confection de ces cartes qui ne représentent qu’une partie des dépenses nécessaires pour la puce contenant les informations du titulaire et le système constituant la banque de données, on n’a jamais cherché à équiper les policiers d’un terminal permettant de vérifier un passeport ou une carte de résident.
Cette remarque est valable pour les permis de conduire et les cartes grises biométriques dont l’authenticité est impossible à vérifier par la police de la route faute de terminal de contrôle. On n’a eu cesse de le répéter dans notre journal : la vitesse avec laquelle on veut remplacer ces documents avec des sommes conséquentes (alors que pour la carte grise, on ne sait quelles caractéristiques biométriques des véhicules va-t-on enregistrer sur la puce), ne peut-être expliquée que par la volonté de leurs initiateurs d’amasser les centaines de milliards de nos francs le plus vite possible. Avant que le régime ne tombe ?
Si l’hypothèse est fondée, la traque contre les faussaires en passeport et cartes de résident ferait suite à une « concurrence déloyale » sur la procédure légale assortie de ce que l’on sait qui permet de se faire délivrer d’authentiques documents largement avant les 40 jours annoncés. Et si les gendarmes fouillaient du côté du ministère de l’Intérieur ?
Sa