Coopération Madagascar-Maroc: La figue de barbarie est-elle au menu ?
Ce produit très courant dans le Grand Sud malagasy est le nouveau must dans l’industrie cosmétique mondiale. Appelée « le nouvel or vert » du Maroc qui en est le principal producteur, son huile se vend entre 800 et 1 000 euros le litre sur le marché international. Ces prix sont sans aucun doute les plus chers au monde concernant les huiles utilisées en cosmétique. Convertis en ariary, ils oscillent entre 2 672 000 à 3 340 000 Ar. C’est le revenu de plus d’une année pour un pauvre à Madagascar ! Et d’aucuns savent que le Sud souffre d’aléas climatiques récurrents, sources de pauvreté chronique. Le taux de pauvreté dans la région Androy est très élevé pour atteindre les 97%, selon les données officielles. Pour aggraver la situation, le niveau d’instruction est également bas. Les adultes de plus de 15 ans alphabétisés dans cette région sont de 39%, contre 35% pour l’Anosy, alors que la moyenne nationale est de 71,4%, d’après la dernière Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010). Plus le niveau d’instruction est bas, plus la population concernée est mal rémunérée et ne dispose donc d’un revenu suffisant pour subvenir à ses besoins fondamentaux. Et pour la scolarisation des enfants, l’Androy fait partie des rares régions affichant un taux net de scolarisation inférieur à 60%.
La région regorge toutefois de richesses naturelles dont une multitude de plantes médicinales, d’importantes réserves en eau souterraine, la figue de barbarie… Ce fruit, riche en vitamine C et en acides aminés, est à la fois rafraîchissant et nutritif. D’après des études internationales, 25 à 30 figues suffiraient pour une ration alimentaire journalière. Il devrait ainsi résoudre une partie des problèmes du Sud, c’est-à-dire la malnutrition. De plus, l’huile de figue de barbarie regorge de vitamine E et d’acides gras essentiels pour tonifier la peau en profondeur. Elle a aussi une capacité réparatrice et atténue ainsi les cicatrices, les boutons d’acné, les vergetures. D’ailleurs, elle est indiquée pour tout type de peaux et pour tout âge, d’autant plus qu’elle est moins grasse que les autres huiles et pénètre rapidement l’épiderme. Après l’huile d’argan, également très coûteuse et qui fait aussi la réputation du Maroc, l’huile de figue de barbarie est une autre merveille économique pour ce pays. En effet, il semblerait que seules les figues originaires du Maroc auraient le pouvoir de lutter contre certains cancers. Il faudra le prouver puisque ce cactus, qui supporte des climats extrêmes comme la sécheresse, pousse tout aussi bien dans le Grand Sud de Madagascar.
Ainsi, la délégation malagasy qui se rendra au Maroc du 15 au 17 mars prochain devrait se pencher sur cette nouvelle filière. Celle-ci résoudra de nombreux problèmes qui affectent le Sud de manière chronique. Et elle devrait même aider cette région à devenir un fer de lance de l’exportation. Car après l’huile de ricin, devenue de plus en plus prisée sur le marché international et produite principalement dans l’Androy, il y a aussi le sisal, les pierres industrielles, l’ilménite… Et si l’on y ajoute l’huile de figue de barbarie, les paysans de l’Androy pourraient sortir de la pauvreté tout en donnant un grand coup de pouce à l’exportation. Certes, l’intensification de la culture ainsi que la transformation requièrent des techniques nouvelles, mais c’est sur ce sujet que le Maroc pourrait devenir un partenaire incontournable pour le Sud de la Grande Ile. Notons que le rendement en cultures au Maroc oscille entre 15 à 25 t/ha.
Fanjanarivo