Activité agricole: Un secteur qui peine à faire vivre son homme

« On peut vivre aisément de l’agriculture, mais il faut améliorer les techniques, les semences utilisées… Le rendement est encore trop bas à Madagascar que ce soit pour le riz ou pour d’autres spéculations. Mais suivez les recommandations des techniciens et abandonnez les pratiques ancestrales ». C’est ce que le président de la république, Hery Rajaonarimampianina a déclaré au début de cette semaine à Ambatondrazaka lors de la distribution de dons incluant des semences dans le cadre de la période post-Enawo. Seulement, beaucoup d’efforts restent à déployer pour faire de l’agriculture un secteur qui fait vivre son homme et qui aide le pays à lutter contre la pauvreté. En effet, ce secteur enregistre le niveau le plus bas pour le revenu annuel moyen dans l’emploi salarial, d’après l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010), soit 674 000 Ar, contre une moyenne de 1 388 000 Ar au niveau national. Or, 2/3 des ménages sont dirigés par des agriculteurs dont une grande majorité par des petits exploitants. Ainsi, le ministère de l’économie voit juste en recommandant d’orienter la production de croissance économique et la lutte contre la pauvreté vers des secteurs comme l’agriculture. Celle-ci génère jusqu’à 28% du PIB ou des richesses créées tous les ans dans le pays. Elle occupe ainsi une place plus importante que l’industrie (15%).

Toutefois, ce secteur ne bénéficie pas toujours du soutien dont il a vraiment besoin. Sa part dans le budget public est encore inférieure au taux pour lequel Madagascar s’est engagé au niveau continental. La loi de finances rectificative de 2016 n’a consacré que 4,8% du budget public au secteur agricole au sens large du terme, c’est-à-dire incluant l’agriculture proprement dite, la pêche et l’élevage. Le taux recommandé au niveau de l’Afrique est pourtant de 10%. Comme quoi, si le président de la république a laissé entendre que l’Etat faisait déjà ce qu’il pouvait pour développer le secteur, il se trompe quelque peu. L’agriculture est encore sujette à plusieurs problèmes non seulement temporaires comme c’est le cas pour la période post-cyclonique, mais également à des problèmes chroniques et systémiques. Citons la forte dépendance vis-à-vis des bailleurs de fonds. Ces derniers ne se contentent pas de débourser des financements. Ils imposent également leurs conditions qui répondent à leurs propres objectifs (taux de décaissement, désengagement de l’Etat du secteur productif etc.). Leurs objectifs ne correspondent pas toujours avec ceux des populations concernées. Sinon, comment expliquer les résultats non pérennes de grands projets comme le Programmme national de vulgarisation agricole (PNVA), le Projet de soutien au développement rural (PSDR) ou encore l’Opération pour le développement rizicole (ODR).

Ces projets ont pourtant englouti des millions et des millions de dollars contractés en tant que dettes et donc à rembourser par les générations actuelles et futures. L’Etat a voulu initier quelques actions pour réduire cette dépendance aux aides extérieures en mettant, par exemple, en place le Fonds d’entretien du réseau hydro agricole (FERHA). Mais apparemment, ce fonds n’est pas doté du financement nécessaire pour lequel il est dédié. Ce qui signifie que les dirigeants devraient revoir leur copie en termes de politique agricole.

Fanjanarivo

Ajouter un Commentaire