Affaire Rehavana Michel: La vraie coupable hors d’atteinte…
Le jugement des 39 policiers suspectés sur l’affaire de lynchage à mort du Premier Substitut du Procureur du Tribunal de première instance de Tuléar, survenu le 9 décembre 2011 commencera aujourd’hui au tribunal d’Anosy. 5 ans après, on remet le dossier sur le tapis, comme l’a promis la nouvelle présidente du Syndicat des magistrats de Madagascar, Fanirisoa Ernaivo. Cependant, la population de Tuléar n’est pas d’accord avec cette reprise du dossier en estimant que cette affaire est déjà apaisée. La « population », ce sont surtout quelques associations représentant près d’une dizaine d’ethnies du Sud et Sud-Ouest de la Grande île, notamment les Tanosy, les Mahafaly, les Bara, les Tandroy, etc. et les familles des accusés. C’est lors d’une conférence de presse, lundi dernier, qu’ils ont affirmé ne pas être d’accord avec cette reprise du dossier Rehavana Michel et affirment que leurs proches ont déjà écopé beaucoup de temps en prison. Certains viennent même d’en sortir.
Pour rappel des faits, c’est le 9 décembre 2011 que les policiers ont provoqué la mort du Premier Substitut du Procureur du Tribunal de première instance de Tuléar en l’emmenant devant la prison de la ville afin de revendiquer la libération de leur collègue, accusé d’avoir vendu son arme de service à des bandits. Ce dernier devait normalement écoper 5 années de prison. Affirmant que l’arme en question était perdue et non vendue, les policiers ont tenu à libérer leur collègue, coûte que coûte. Ne trouvant pas le procureur de la République dans la ville, ils se sont tournés vers son substitut. Le substitut du procureur a reçu quelques coups durant cette « lynchage », mais la vraie cause de son décès est un arrêt cardiaque. Toutefois, il est mort en pleine rue face à une foule de policiers en colère. Dans l’échauffourée entre la justice et la police pouvant entraîner des répercutions politiques, on a accusé les mauvaises personnes. Certains d’entre eux ont été spécialement ciblés tandis que d’autres ne sont que des pions, des boucs émissaires.
Très tôt hier, la population de Tuléar a fait un barrage à la sortie de la ville pour empêcher les accusés de rejoindre la capitale. Ils ont fouillé de fond en comble chaque véhicule sortant de la ville. Malgré cela, le jugement aura quand même lieu d’après le SMM. Un jugement handicapé car dans une affaire de ce genre, les lettres de convocation doivent être envoyées au moins 30 jours avant le jour du jugement pour délai de route. Parmi ces accusés, on peut citer quelques agents de police aperçus sur place ou cités par des sources qui n’ont jamais témoigné. L’une des accusés a été emprisonnée 7 mois suite aux propos de la femme de Rehavana Michel qui affirmait qu’elle avait entendu son nom de la bouche d’une personne qui l’entendait d’une autre personne. Une affirmation gratuite qui bouleversera gravement la vie de l’accusée. Une information de dernière heure nous rapporte que le nom de Vavintafika est cité dans la liste des témoins dans cette procédure. Arsène Rakotondrazaka, ministre de la Sécurité Intérieure de l’époque, a également échappé aux accusations. Pourtant, il était à Tuléar ce jour du 9 décembre 2011. Comme quoi les gros gibiers sont difficiles à atteindre et ce sont les sous fifres qui endurent.
Les problèmes sanitaires médiatisés de Roger Lala Stéphanie, une des principales accusées de l’affaire de kidnapping de Toamasina qui avait coûté la vie à une petite fille mineure nous rappellent les vérités cachées de ce dossier. Qui ne veut pas que les investigations remontent trop haut ? Et quel sort a-t-on réservé à ce malheureux magistrat suspecté dans cette affaire sordide pour laquelle, il devait servir de bouc émissaire afin d’éviter que d’autres collègues soient éclaboussés ? Au fait, qui a décidé de dessaisir la juridiction de Toamasina ? Et pourquoi ? Il y a là des questions restées sans réponse ou plutôt auxquelles on n’aimerait point répondre. Elles ne devront préoccuper la corporation des juges si elle ne veut pas être taxée de partialité…Que dire également de ces mesures d’exclusion camouflée à l’endroit de certains de leurs pairs menacés de ségrégation…spatiale ? Sinon, pourquoi personne n’ose s’en prendre à un Marc Ravalomanana, alors qu’il fait l’objet d’une décision de justice qui « mande et ordonne » pour qu’on l’envoie en prison ? Le général Richard Ravalomanana était prêt justement à en faire usage lors de cette tentative de débarquement de l’homme d’Imerikasinina durant la transition.
La reprise du dossier Rehavana Michel est une preuve que la justice tient à établir l’ordre et la vérité. Même s’il s’agit d’une répercussion de l’affaire Antsakabary ou d’un règlement de compte entre le SMM et la Police Nationale, la justice devrait prendre en compte le sens même du mot « Justice » et l’appliquer correctement. Dans cette optique, on devrait rechercher les vrais coupables dans cette affaire en menant une enquête juste afin d’éviter d’emprisonner les innocents. En faisant abstraction de tous préjugés corporatistes ! Autrement…
T.Berado et N.Razafilahy