Prix du riz: Repartis à la hausse pour pénaliser les pauvres

3 500 Ar le kilo ou 1 000 Ar le « kapoaka » ou le contenu d’une boîte de lait concentré. C’est le prix du riz à Sambava selon des sources locales. Ainsi, l’on a dépassé le prix record (3 000 Ar/kg) lors de la dernière crise du riz en 2004. Et dans la capitale, le kilo démarre généralement à 2 000 Ar. Après les fortes poussées inflationnistes de janvier et février derniers donc, les consommateurs doivent de nouveau composer avec une importante hausse des prix du riz. C’est l’effet Enawo. Les difficultés d’approvisionnement pour certaines zones posent problème et poussent les prix vers le haut. Mais il ne faut pas non plus oublier que des opportunistes profitent de la situation pour procéder à des augmentations artificielles. Fin février, le premier ministre a avancé sur les ondes de la radio nationale que le prix du riz débarqué à Tanà était à 1 270 Ar. Comment expliquer qu’en l’espace de moins d’un mois, il grimpe à 2 000 Ar ? La différence de 730 Ar/kg est trop importante pour constituer une marge bénéficiaire normale des différents opérateurs de la filière (importateurs, grossistes et détaillants). Une bonne partie de cette marge est tout simplement empochée par des opportunistes.

Sinon, il faut aussi souligner que l’ariary a fortement dégringolé face au dollar, la monnaie avec laquelle est libellée la plupart des importations dont celles du riz. En une semaine seulement, la monnaie locale s’est dépréciée de 6% face au billet vert. Ce qui signifie que les prochaines cargaisons d’importation risquent d’être plus chères. Autrement dit, la hausse des prix du riz pourrait encore continuer de plus belle. En effet, l’entrée du riz de la première récolte sur le marché local n’est pas assez importante pour faire baisser les prix de manière significative. A titre de rappel, le ministre du commerce et de la consommation a évoqué avant les fortes hausses des prix du riz en janvier que cette récolte a affiché un gap de 80% ! Cette annonce a été suivie immédiatement d’une forte inflation des prix du riz sur le marché local. Cette coïncidence a fait jaser quant à l’opportunité ou non de la révélation de ce chiffre par le ministre, surtout que la période concernée coïncidait avec la soudure toujours marquée par une hausse généralisée des prix. En effet, cette annonce semble avoir poussé les prix vers le haut. Pour expliquer le phénomène, les dirigeants ont pointé du doigt les grossistes qu’ils ont accusé de faire de la rétention de stocks.

Ces derniers ont rétorqué qu’ils avaient hâte d’écouler leurs marchandises au lieu de les retenir dans leurs magasins. En cette période, les consommateurs divisent souvent par 2 ou même par 3 leur volume d’achat, faute de moyens. Faire de la rétention de stocks est donc illogique, d’autant plus que les grossistes sont pressés par les banques, le fisc… Ainsi, ils ont des lourdes charges incompressibles et ne peuvent donc pas se permettre de retenir leurs stocks. Certes, quelques grossistes dans certaines localités ont été épinglés pour avoir procédé à de la rétention, mais il n’empêche que des gros opportunistes ont balancé ce problème de rétention pour faire leurs grosses affaires. Ils ont ensuite importé des cargaisons pour les écouler à des prix élevés. Et apparemment dopés par des marges exorbitantes, cette opération semble se poursuivre. Et bizarrement, les dirigeants ne disent plus rien concernant l’actuelle hausse des prix du riz. Les pauvres en sont les premières victimes et ils représentent 92% de la population. Faisant partie des 8% classés comme riches, les dirigeants ne se soucient pas trop de la masse.

Fanjanarivo

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