CHRONIQUE DE N RAZAFILAHY: La loi des casseroles et l’opération main propre

Il était une fois en Italie, un certain nombre de juges qui avaient décidé de mettre fin aux activités mafieuses d’une société civile qui, en utilisant la corruption d’une manière systématique avait réussi à pourrir tout le système étatique jusqu’à un niveau très élevé. En apprenant le passage de Claudine Razaimamonjy à Ankadilàlana hier, la première chose qui vient à l’esprit est la suivante : jusqu’où va remonter l’imitation quant à la détermination des inquisiteurs dans leurs investigations ? Ou encore, cette affaire va-t-elle remuer la boue et fera trembler des personnalités de premier plan dans les palais d’Etat et quelques ministères ? Ou serait-ce seulement une tempête dans un verre d’eau destinée à faire saliver les partenaires techniques et financiers pour les calmer après les infidélités de cette virée au cœur de l’Empire du milieu ? Quitte à sacrifier Claudine sur l’autel d’une vraie-fausse opération main propre ?…

En jetant cette encombrante alliée du parti présidentielle HVM dans la fosse aux lions, les cerveaux futés concepteurs de cette diversion juridictionnelle espèrent d’une pierre faire deux coups : avec Bianco en première ligne, donner ainsi l’illusion de vouloir taper fort dans les rangs des canards boiteux de cette 4ème République des mille et une complicités institutionnelles et surtout amuser la galerie tout donnant l’occasion à une certaine presse de s’acharner pendant un certain temps sur une favorite de la cour et l’imprudent Premier ministre Mahafaly Olivier et lâcher un peu les basques à un président qui se prépare sa propre succession. Ce qui se passe sous nos yeux pourrait être aussi le sursaut d’indignation de Bianco, frustré de se sentir menacer de punition par le sénateur Rina Andriamandavo VII. Tout ne reste ne sera plus qu’une question de procédure sans beaucoup de surprise, surtout que les autres personnes qui seront probablement entendues auront droit à cette écran de fumée que ne manquera pas de provoquer légalement le principe du «respect du secret de l’instruction. » Puis rideau ! Gare aux imprudents fouineurs qui s’amuseront à jouer les Rouletabille friands de scoops et de révélations fracassantes. La récente législation est faire pour ça, pas pour les chiens errants qui farfouillent les décharges publiques

Revenons à nos moutons égarés, brebis galeuses et autres boucs émissaires qui risquent de faire les frais cette comédie du pouvoir dans des rôles de   figurants pour les besoins de la cause. Il ne faut pas oublier aussi que même dans sa période la plus chaude les juges Italiens engagés dans l’ « Opération Mains propres » ainsi que les membres de leur famille étaient confrontés à des représailles terribles. Il y avait même des morts parmi leurs collaborateurs. Parce qu’il semble bien selon les médias de l’époque dans un article des journalistes de Guy Sitbon et Ariel Dumont à propos des casseroles qu’ils trimbalent fièrement derrière eux, «Plus les hommes politiques en traînent, plus on les aime. A peine sorti d’un scandale sans nom, qu’ils sont réélus… » Suivez mon regard et souvenez vous de ces grands acteurs politiques bien de chez nous impliqués dans des affaires d’utilisation abusive des deniers de l’Etat pour leurs profits personnels, de ventes camouflées de périmètres fonciers faisant partie du territoire national à des investisseurs étrangers sous forme de bail emphytéotique élastique, de pots-de-vin divers trafics d’or, de bois de rose et d’autres produits prohibés à l’exportation. Ils n’ont pas peur de se pavaner dans les mondanités et de figurer dans la presse people et les cérémonies officielles parmi le beau linge et les parrains du système. Quand est-ce que les juges oseront-ils inculper Marc Ravalomanana et consorts ainsi que les TIKO-boys, les Patrick Leloup et complices et tous ces nouveaux multimilliardaires que l’occasion des crises systémiques dans notre pays avait enrichis dans l’illégalité la plus complète au nom d’un népotisme clanique, d’un favoritisme familiale et même aussi sur la base d’un livret de famille. Le pays tout entier attend de voir le prochain épisode de cette série qui finira sûrement par les multiples inculpations qui feront des dégâts politiques dans les rangs de ceux qui n’ont pas résisté à la tentation de l’argent-roi pour se salir les mains et la conscience. Pour le moment, personne n’envisage de démissionner quoi qu’il arrive, parce beaucoup parmi les courtisans des palais d’Etat sont convaincus qu’ils peuvent (parfois pour ne pas dire souvent) faire pression ou même acheter des juges pour les manipuler. Après la mise en détention de magistrat épinglé dans l’affaire du kidnapping de Toamasina pour calmer l’opinion, ce procès rocambolesque de cette ténébreuse…affaire Rehavana et cette calamité qui frappe Claudine, il est difficile de croire le vent de l’intégrité est en train de souffler dans les cabinets d’instruction, les salles d’audience de toutes les juridictions. La menace de la justice populaire oblige ! La suite de ce qui sera désormais l’affaire Claudine Razaimamonjy ne pourra blanchir l’intime conviction de tous les justiciables à l’endroit de la magistrature tant que cette dame se présente en solo devant la justice sans les ténors tels que le Premier ministre Mahafaly Olivier et ses collaborateur montrés du doigt dans les dossiers de l’Inspection Générale de l’Etat. Avec des présumés co-auteurs de ce calibre, on se demandera qui va récuser qui ? Et en vertu de quelle immunité ? Au fait, à quelle sauce seront cuisiné ces grosses pointures du banditisme à col blanc qui se terrent dans les coulisses du pouvoir ? Le temps des « deux poids et deux mesures » doit laisser la place à une justice équitable et sans parti pris. C’est l’unique passage obligé si les juges veulent réellement redorer le blason de leur honorable profession. Sinon à quoi bon militer pour l’indépendance des juges et que vogue la galère ?

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