Crise dans le secteur électricité: Le leadership politique fait défaut
Le taux mondial d’électrification ne sera que de 92% à l’horizon 2030, selon les estimations de la Banque mondiale. Ce taux est éloigné de l’accès universel (100%) comme prévu. Le cas de Madagascar est pire et risque encore de l’être pour longtemps. En effet, l’un des leviers pour accélérer le taux d’accès à l’électricité est le leadership politique, d’après Rachel Kyte, directrice générale du programme Energie durable pour tous dans un communiqué de la Banque mondiale daté du 3 avril dernier. Ce communiqué a été publié à l’occasion de la sortie du nouveau rapport de suivi mondial « Global tracking framework » publié par la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) dans le cadre de la plateforme de diffusion des connaissances sur l’initiative « Energie durable pour tous ». Si l’on revient sur la déclaration évoquée ci-dessus, le DG du programme Energie durable pour tous explique : « Si nous voulons concrétiser la promesse d’un accès à une énergie propre, fiable et d’un coût abordable pour tous, il faut agir et, pour agir, il faut un leadership politique ».
A Madagascar, ce leadership fait cruellement défaut. Et pour cause ! La nomination d’un nouveau ministre chargé de l’Energie se fait toujours attendre. Le dernier responsable en date est décédé en août dernier. 8 mois plus tard, son successeur n’est pas toujours nommé. Le ministre de l’Economie assure l’intérim depuis. Et d’aucuns savent que l’intérim est censé ne gérer que les affaires courantes. Il s’agit pourtant d’un secteur en crise depuis des décennies, un secteur qui devrait pourtant beaucoup contribuer au bien-être des ménages et à la compétitivité des entreprises. Comme quoi, le secteur électricité est très stratégique tant pour le développement que pour la croissance économique du pays. Seulement, les dirigeants ne s’en préoccupent pas et mettent ainsi beaucoup trop de temps à ériger un leadership politique pour orienter et diriger le secteur. L’on parle pourtant d’une Nouvelle politique de l’énergie (NPE). Mais au rythme où vont les choses, cette politique semble être en cours d’élaboration sous l’impulsion des bailleurs de fonds et pas tellement grâce à la volonté des dirigeants. Sans un ministre attitré pour la mettre en œuvre, cette nouvelle politique risque de devenir un document de plus à ranger dans les tiroirs.
Ou elle va être quand même mise en œuvre sans pour autant répondre réellement aux besoins du pays mais plutôt à ceux des bailleurs de fonds. L’un des principaux objectifs de ces derniers est le niveau de décaissement et le remboursement de leur argent. Or, la directrice générale du programme Energie durable pour tous est claire : « Ces nouvelles données (celles publiées par la Banque mondiale) tirent la sonnette d’alarme pour que les dirigeants mondiaux prennent de toute urgence des mesures plus ciblées sur les trois objectifs poursuivis : l’accès à l’énergie et à des combustibles propres pour la cuisson des aliments, l’amélioration de l’efficacité énergétique et l’utilisation des énergies renouvelables. Les progrès accomplis restent insuffisants ». Si telle est la situation au niveau mondial avec un taux d’électrification prévu à 92% en 2030, celle de Madagascar est encore pire avec une projection de 70%.
Fanjanarivo