Edito: Sur quels fondements ?

Après le ministre de la Défense nationale, c’est maintenant au syndicat des magistrats de Madagascar (SMM) de réclamer l’Etat de droit dans ce pays. Il est vrai que la même manière que la gendarmerie nationale, l’environnement judiciaire est connu comme étant l’un des secteurs les plus corrompus de Madagascar. Que s’est-il donc passé pour que les magistrats aient choisi de réagir ? Et surtout jusqu’à quand cette grogne va-t-elle durer ?

Dans les faits, le SMM a imposé un ultimatum au Président de la République, lui sommant de faire une « déclaration officielle et publique » précisant clairement l’indépendance de la justice. Vu le contexte actuel, cette exigence du SMM n’est pas anodine car elle a constaté des cas répétitifs de violation de la loi à Madagascar. L’affaire Razaimamonjy est-elle vraiment à l’origine d’une telle réaction ? Nul ne le sait. Toujours est-il que dans cette affaire, le pouvoir judiciaire est totalement impuissant, face au comportement plus que révoltant des partisans et amis de cette femme d’affaires, dont la quasi-totalité fricote avec les tenants du pouvoir. Entre une évacuation sanitaire tout à fait contestable, une décision de justice non respectée ou encore une obstruction à la justice d’un sénateur, il semble bien normal que les magistrats soient à bout.

Bien que l’intention de réclamer un Etat de droit soit une cause tout à fait louable, on reste perplexe quant à son réel fondement. En effet, on est amené à se demander s’il ne suffirait pas que quelques hauts dignitaires suffisamment hauts placés offrent des valises diplomatiques pour faire taire à jamais ces revendications. Ne nous voilons pas la face, aux yeux de l’opinion publique, le corps de métier de magistrat est corrompu. Cette situation se manifeste d’ailleurs dès le concours d’entrée à la magistrature où une somme faramineuse est réclamée pour qu’un postulant puisse avoir le droit d’exercer ce métier. Bien entendu, dans une complicité aussi solide, la fourniture de preuves est mission impossible. En tous les cas, la justice dans ce pays, donne raison à celui qui paie le plus et ce, quel que soit le chef d’accusation.

La réputation de la justice est actuellement dans un sale état, espérons que ces revendications se basent sur une réelle volonté d’améliorer les choses et non pas que sur le désir de grappiller quelques millions d’ariary de plus. En tous les cas, nous suivrons l’évolution de cette situation avec une grande attention. Pour l’heure, espérons une réelle impartialité de la justice dans l’affaire Claudine Razaimamonjy.

Johan R.

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