La Gazette de la grande ile

Protection des lanceurs d’alerte : Nos dirigeants font la sourde oreille

Publié le 19 novembre 2022

Selon le conseil d’Europe en 2014, un lanceur d’alerte peut être défini comme étant : « toute personne qui fait des signalements ou révèle des informations concernant des menaces ou un préjudice pour l’intérêt général dans le contexte de sa relation de travail, dans le secteur public ou privé ». Y compris donc les personnes qui prennent position vis-à-vis des dirigeants sur les réseaux sociaux, les protecteurs de l’environnement ou encore les défenseurs des droits humains. Depuis quelques temps déjà, leur sécurité est en péril à Madagascar et depuis, la société civile mène un combat pour la protection des lanceurs et lanceuses d’alerte. Cependant, cette année 2022 marque un pic sur les agressions de ces derniers, allant de l’intimidation, en passant par l’emprisonnement, jusqu’au meurtre. Rappelons le meurtre de Henri Rakotoarisoa à Mangarivotra, un homme de soixante-dix ans, activiste environnemental et président du Vondron’olona ifotony MIALO (VOI MIALO) le jeudi 01 juin 2022. Selon les sources d’information, cet acte odieux et incompréhensible aurait été perpétré par trente-cinq personnes présumés trafiquants d’arbres précieux. Ces individus étant tous appréhendés, leur procès est programmé aujourd’hui en Cour criminel ordinaire à Ambatolampy.

Ce meurtre à agacer la société civile qui a tout de suite haussé le ton et envisage l’élaboration d’une loi visant à protéger les lanceurs et lanceuses d’alerte, mais la réponse d’une responsable du ministère de la Justice fut froide en la personne de la secrétaire générale du ministère en disant que : « Le ministère de la Justice, d’une manière générale, est favorable à l’élaboration d’une loi qui va protéger les défenseurs des droits de l’homme et les lanceurs d’alerte, mais ça doit être mis en cohérence avec le contexte social et économique malagasy en vue de promouvoir la paix et la sécurité dans le pays. » au mois d’avril 2022 lorsque Transparency international et Amnesty international ont présenté un texte de loi sur la protection des lanceurs d’alerte.

Un manque de volonté politique

Madame la secrétaire générale du ministère de la Justice, au même moment, s’est demandée si les lanceurs d’alerte sont vraiment importants pour constituer un contre-pouvoir indispensable au bon fonctionnement de la démocratie à Madagascar. Un propos qui peut se traduire par un manque de volonté politique face à la situation. De plus, à l’approche de l’élection présidentielle de 2023, le gouvernement priorise la construction d’infrastructures plutôt que de protéger les personnes qui osent dire ce que la majorité n’ose pas exprimer. Pour Ketakandriana Rafitoson, la directrice exécutive de Transparency International initiative Madagascar, « Le fait que les gouvernements successifs depuis 2018 érigent à chaque fois toute une batterie de risques au fait que nous revendiquons l’intégration de la notion de lanceur d’alerte dans celle de défenseur des droits humains, pour moi, cela signifie qu’il n’y a pas une réelle volonté de laisser les gens parler, s’exprimer, revendiquer, et surtout dénoncer ce qui ne va pas. Si les lanceurs d’alerte font ce qu’ils font, dans la majorité, c’est pour défendre les droits fondamentaux, le bien commun. Il ne faut pas l’oublier. »

La plupart des lanceurs d’alerte malagasy agissent surtout sur les réseaux sociaux, surtout sur Facebook. Ils ne sont pas du tout protégés par la loi, rappelons le cas de Mahery Lanto Manandafy, dit Malama par ces suiveurs sur les réseaux sociaux, qui a été mis sous mandat de dépôt à Antanimora depuis le mois d’octobre. Il n’a eu de cesse de donner les points négatifs de la gouvernance du pays par l’Etat, mais il ne fait pas le poids face aux pressions des dirigeants. La route vers la liberté d’expression et la liberté d’opinion est semée d’embuches pour Madagascar, notre chère patrie.

Ravo

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