La Gazette de la grande ile

Madagascar – Mayotte : Une nouvelle coopération décentralisée

Publié le 21 novembre 2022

Pour faire face à la hausse mondiale des denrées alimentaires, l’ile Mayotte, un département français d’Outre-mer, a l’intention de se tourner vers Madagascar pour importer de la viande. Auparavant, Mayotte importait ses viandes du Brésil qui est trop loin et la viande est devenue trop cher pour eux. Pour Bibi Chanfi, la vice-présidente du Conseil départemental en charge de la coopération décentralisée mahorais, une relation étroite entre Madagascar et Mayotte est une évidence, car selon ses dire lors des ateliers de la coopération internationale à l’Île Mayotte, le jeudi 30 juin 2022 : « Avec Madagascar, nous avons un socle commun de langue, de tradition et de civilisation ». De plus, douze mille habitants sur deux cents cinquante mille sont des Malagasy à Mayotte et la majeure partie des Mahorais ont une ascendance malagasy.

Il est important de rappeler que pour renforcer les relations déjà existantes entre les deux îles, un bureau de coopération est installé par Mayotte à Antananarivo le 20 février 2020 à Ambatomena, dans l’enceinte de l’ambassade de France. Etant un département français, Mayotte offre une fenêtre d’exportation en Europe pour Madagascar même si Mayotte n’exporte rien à Madagascar. La raison est l’insuffisance des denrées mahoraises, la qualité des viandes congelées, mais aussi et surtout la hausse mondiale des denrées alimentaires.

Pour que l’accord soit valable et étant donné que Mayotte est un département français, elle est donc en principe un territoire européen et les produits venant de Madagascar doivent répondre aux normes européennes, notamment en matière de traçabilité des animaux (le traçage commence dès la naissance de l’animal jusqu’à ce qu’il arrive dans les assiettes mahoraises). Un suivi des éleveurs de zébus et des vétérinaires sera effectuer par les autorités mahoraises. Une mission du Conseil départemental de Mayotte, dirigée par sa vice-présidente en charge du Développement économique, de la coopération décentralisée et des finances, Bibi Chanfi, s’est rendue à Madagascar pour voir les modalités d’accompagnement du projet BoVIMA (bonne viande de Madagascar) dans un aspect de structuration sanitaire.

Le problème pour la concrétisation de ce projet mahorais d’importer de la viande bovine à Madagascar, est le fait de devoir sur les règlementations européennes alors que les éleveurs malagasy sont habitués à l’élevage traditionnel. De plus, jusqu’ici, si accord il y aura, aucune somme n’a été transmise concernant le rapport coût-bénéfice du projet pour les deux parties (Mayotte et Madagascar).

Pour Madagascar, le risque de la hausse de l’insécurité en milieu rural est grande, car même sans accord d’exportation de viande à Mayotte, le vol de zébu est monnaie courante pour la société malagasy et la concrétisation d’un accord de cette envergure ne fera qu’empirer la situation. Le risque que des exportateurs clandestins exportent des zébus sur pieds sans l’accord des autorités compétentes en matière vétérinaire et sur la base du statut sanitaire dans les pays d’origine des animaux concernés (article 4 alinéa 1 du décret N° 2004-041 du 20 janvier 2004) est grand. Effectivement, c’est un acte illégal selon décret N° 2004-041 du 20 janvier 2004 fixant le régime applicable à l’importation et à l’exportation d’animaux, de produits et denrées d’origine animale, des graines, fourrages et denrées destinés à l’alimentation des animaux.

En l’espèce, les autorités mahoraises sont donc les responsables des suivis et ce sont aussi elles qui ont le dernier mot sur la réalisation ou non de ce projet. Il est vrai que c’est une très bonne opportunité pour Madagascar, mais où iront les bénéfices ? Comme d’habitude, la majorité des gains sera pour ceux qui ont un pouvoir de décision et les éleveurs seront vite mis sur la touche.

Ravo

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