La Gazette de la grande ile

Pluie provoquée : L’Etat se trompe de cible

Publié le 19 novembre 2022

L’Etat malgache a procédé à la provocation de la pluie durant trois jours, c’est-à-dire du 16 au 18 novembre dernier. L’opération a pris fin hier, d’après Météo Madagascar, le but de cette manœuvre est d’augmenter le niveau d’eau dans les barrages d’Andekaleka, Tsiazompaniry et Mantasoa. Ce sont là les principales sources hydroélectriques ravitaillant en électricité le réseau interconnecté d’Antananarivo.

En soi, l’objectif de ces pluies provoquées est notable. Nous sommes en pleine sècheresse et les barrages s’assèchent. Cependant, d’autres régions de l’île ont plus besoin d’eau que la capitale. Notons qu’en ce moment, la région Alaotra Mangoro n’a pas encore eu une seule goutte de pluie, alors que c’est le grenier à riz de l’île. Idem pour la région de Boeny. Les riziculteurs de l’Alaotra ont annoncé que la production de la saison 2022 a diminué de plus de 40%, notamment à cause de la sècheresse de 2021 et des cyclones de 2022 qui ont détruit les rizières. Les stocks de riz manquent pour approvisionner le marché de 2022 et cela risque d’empirer, vu que la production de 2023 va encore diminuer.

Dans la région Analamanga, la plus grande zone productrice de riz se trouve dans le Nord-Est et l’Ouest du côté d’Anjozorobe, Manjakandriana, Talata Volonondry, Ankazobe et Mahitsy. Des zones qui n’ont pas encore eu leur part de pluie ou qui n’ont eu que très peu de pluie. Notons qu’Ankazobe est également le premier producteur de poissons d’élevage de la région Analamanga. Une activité nécessitant beaucoup d’eau.

Pourtant, l’Etat a procédé à la provocation de pluie, uniquement dans le but de calmer la population vis-à-vis du délestage. Un dernier rempart afin de maintenir un semblant de régularité dans les coupures. Un personnel de la Jirama Manjakandriana nous a affirmé qu’« en général, les coupures dans le réseau interconnecté d’Analamanga sont de 3h par jour. Cela varie par rapport aux quartiers touchés, mais ne devrait pas dépasser les 6h de coupure. Cependant, si ces barrages venaient à être à sec, les coupures pourront durer plus de 10h en général. Ce qui engendrera une émeute au niveau de la population. Afin de l’éviter, l’Etat a dû prioriser ces barrages. ».

Encore une fois, la cause est notable. Mais si l’Etat avait pris la peine de régler le délestage depuis le début, ils n’auront pas eu à prioriser l’électricité au détriment de l’alimentation. La nourriture est vitale et l’électricité secondaire.

D’après un instructeur en géographie du lycée Ranohavimanana Norbert d’Ambatondrazaka, « les conditions pour provoquer la pluie ont été réunies dans l’Alaotra depuis plusieurs semaines. Les nuages ont été épais et se sont accumulés depuis mi-septembre. ». Des conditions propices pour provoquer la pluie. Toutefois, l’agriculture n’est pas la priorité de l’Etat. Il n’y a eu aucun projet de l’Etat malgache visant à améliorer la production rizicole de l’Alaotra depuis ces quatre années de pouvoir. Les barrages de cette région sont également à sec. Les systèmes d’irrigation sont bouchés. Il est du devoir des paysans de les entretenir, mais l’Etat a aussi le devoir de les améliorer afin d’optimiser la production. Pourtant, ils n’ont rien fait. Rappelons que lors de sa prise de fonction en tant que Ministre du commerce et de l’industrialisation, Edgard Razafindravahy est venu dans l’Alaotra pour soi-disant « valoriser » le riz. Cependant, cela n’est resté qu’au stade de discussion. La valorisation commence par la production et l’Etat ne l’a jamais fait.

En provoquant la pluie dans les zones de barrage hydroélectrique d’Analamanga, l’Etat se trompe de cible. La priorité serait de provoquer la pluie partout où les conditions sont réunies. Le vrai but de l’Etat en provoquant la pluie dans ces zones n’est pas de s’assurer que la production en électricité soit régulière, mais plutôt d’éviter que la population se soulève en cas d’aggravation des coupures. Une raison absurde qu’ils auraient dû régler depuis longtemps s’ils ont un minimum de compétence.

La Gazette

Lire aussi