Chronique de N. Razafilahy: Scénario de purge pour les mains sales

Le scénario d’un changement à la tête du gouvernement et à la tête des ministères, disons tout simplement à l’occasion du nouvel an (pour ne pas dire autre chose) était envisagé  dans le cercle très restreint des dirigeants, attendu dans les chancelleries, les salons et toute la classe politique. Depuis le début  de son mandat le président Hery Rajaonarimampianina,  indéniable et unique centre du pouvoir, s’obstine à manœuvrer en tirant les ficelles derrière le bouclier juridictionnel de l’institution d’Ambohidahy.

Mais à mesure que l’échéance de l’an 2018 approche, le parti présidentiel HVM, jour après jour, n’arrête pas de montrer sa faiblesse. Si bien que prudence oblige. Les groupuscules alliés  qui ont jusqu’ici servi de paravent vis-à-vis de la constitution, de nouveau vont être mobilisés pour matelasser  les rangs. Des appels d’offres discrets incitent tous les laissés-pour-compte de toute la classe, les oubliés, les largués de la première heure à rejoindre la troupe. Le paysage politique de l’île aura droit à l’avènement d’une nouvelle stratégie sous la bannière d’un esprit rassembleur pour les prochains mois. Dans le cadre d’une tardive opération de charme en direction d’une masse d’électeurs faciles à berner, on a toujours besoin de cette foule de politicards démagogues toujours prêts à vendre leur âme, père et mère, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Elle a été mise au point pour former un mouvement de soutien  pour tenir en échec  le risque d’une agitation d’une opposition disparate qui s’avance à reculons en ordre dispersé. A noter que les chefs historiques et ce qui reste des grands partis d’antan refusent de jouer le jeu. D’un côté, il y a cette réticence de collaborer avec les « mains sales ».  Il y a aussi cette prudente retenue qui consiste à éviter de servir de « Blanco » aux noirs desseins d’une équipe au pouvoir trop pourrie pour être de nouveau en odeur de sainteté vis-à-vis d’un public qui gardera toujours en mémoire, les années de misères et les compromissions juteuses des années de combines. Face à une situation aussi perverse, bien entendu comme en d’autres temps, les militaires s’estiment qu’ils ont désormais le bon bout pour s’impliquer davantage dans le rôle de gardiens (purement politiciens) des personnalités  des institutions, mais pas de la constitution. La cérémonie de la commémoration du 50 ème Anniversaire de l’Académie Militaire à Antsirabe a été la pierre angulaire de la confirmation de l’ancrage stratégique de l’Armée toute entière sur la longévité politique du Chef Suprême du régime HVM. Choix douteux qui, déjà dans le temps n’avait apporté que de la déception pour une population qui, à juste titre bien entendu, selon Adelson Razafy s’étonne « du fait suivant : comment dans une armée qui comprend près de 350 généraux, on n’arrive pas à éradiquer le phénomène dahalo, animé par des bandits équipés surtout artisanales » et aussi de guerre… ? Toujours est-il que dans les casernes il y a des signes qui ne trompent. Ils sont de plus en plus révélateurs et montrent bien que la troupe intègre et lucide ne suit pas leurs chefs. Surtout que malgré les déclarations officielles rassurantes, la « guerre des étoiles » fait rage sous les yeux ahuris des colonels et jeunes officiers témoins frustrés d’un favoritisme incompatible avec leur vocation de soldat.

Et lorsque que les Chefs des Institutions se lancent dans des campagnes de sensibilisation sur la valeur du patriotisme, de la nécessité du civisme et les leçons de morale, le public rie sous cape. Comment croire tous ces prêcheurs en eaux troubles, quand on a le ventre affamé parce que les prix des denrées de première nécessité flambent et que le panier de la ménagère souffre de la pénurie causée par le déficit du pouvoir d’achat. Quand le Premier ministre dénonce les carences de la gestion de Jirama,  les observateurs se demandent s’il maîtrise bien le dossier mis en cause, ou bien est-ce qu’ il est seulement en train de pointer du doigt des boucs émissaires, pour éviter de s’en prendre aux vrais truands qui pillent  le Trésor en douceur, par les paiements de factures salées des livraisons douteuses de carburants liées par accords qu’il n’y a pas lieu de rendre publics, si on tient à la vie ? L’imbrication des intérêts particuliers inavouables  avec les ententes occultes consenties par quelques décideurs sont telles que la question posée n’est pas de pure forme. Le problème est en fait bien réel…Les chiffres publiés officiellement sur les problèmes épineux de ce pays ne que des leurres destinées au grand public pour agir comme les détergents pour lessive à l’intention de l’opinion. Il est indéniable que rien n’est foncièrement bon et rien foncièrement mauvais dans ce bas monde,  mais tout de même le sermon sur la tolérance aveugle de Rakotomanana Honoré, n’enlèvera jamais de la tête d’une multitude de gens les mauvais souvenirs de la mise en place ratée des provinces autonomes et les traîtrises au Sénat lors des derniers jours du pouvoir de Didier Ratsiraka en  2002. Ce n’est pas parce qu’on prêche que « personne n’est infaillible » qu’il faut accepter tout le mal, les pillages des finances de  l’Etat  et les terribles persécutions commis sous l’ère Ravalomanana. De la part d’un magistrat qui, de surcroît, a été au service d’un président arrivé au pouvoir à partir d’un complot institutionnel appuyé par des militaires et la rue, une pareille dialectique n’est pas bon signe. Pour moins que çà, la communauté internationale n’a jamais voulu accepter les meneurs de la Révolution Orange de 2009. Il y a des tas de raisons d’Etat que la Raison ne connaît pas. 

Ajouter un Commentaire