Nomination d’un Cardinal: La balle est dans le camp du Pape
Intense ferveur et émouvante communion chez les catholiques (et chez toute la chrétienté malgache en général) lors de la grande messe d’hier au stade de Mahamasina. La présence du cardinal Pietro Parolin, bras droit du Pape François, et, à un degré moindre, du président Rajaonarimampianina, chef d’Etat malgache, a conféré à ce culte du 50ème anniversaire des relations Etat malgache-Vatican une stature particulière. En tout cas, ainsi qu’il l’a laissé entendre, le cardinal Pietro Parolin n’est pas venu à Madagascar pour évoquer la question de la nomination d’un cardinal malgache. Mais lors du culte, l’absence d’un cardinal natif de l’île a créé un vide qui ne put être comblé et qui a marqué les esprits. Selon Pietro Parolin lors de son homélie, il rapportera au Pape l’engagement des catholiques malgaches, en espérant que son passage aura encouragé ceux-ci à être plus forts dans leur foi.
En tout cas, l’afflux massif lors du culte d’hier, mais aussi les visites réalisées chez le père Pedro, aux noviciats, aux centres de santé et aux instituts supérieurs auront convaincu Pietro Parolin de la grande vitalité du catholicisme malgache. Le rapport qu’il en fera devrait inciter le Vatican à réexaminer la question, pendant longtemps suspendue, de la création d’un cardinal malgache. Pour ainsi dire, la balle est dans le camp du Pape…
Il reste que dans divers cercles, religieux, politiques ou de la société civile, on souhaite l’avènement d’un cardinal malgache. Le fait n’ajoutera presque rien à la foi d’un peuple catholique de toute façon attaché à sa confession. Mais la nomination aura pour premier intérêt de désigner un prélat de rang élevé qui va porter haut et fort la voix de l’Eglise catholique malgache. Dans le contexte actuel où la hiérarchie est nivelée à la hauteur des archevêques, la position de l’Eglise catholique est moins lisible. Bref, avec un chef reconnu et incontestable, l’Eglise romaine exercera un ascendant plus appuyé et sa voix sera mieux écoutée.
Car on souhaite la plus large audience possible pour une Eglise catholique qui prêche l’amour du prochain, la paix, l’amitié, le pardon et le « fihavanana ». Au sein du FFKM (Conseil Oecuménique des Eglises) qui s’est chargé de la question de la réconciliation nationale, l’apport de l’Eglise catholique dans l’éradication de l’esprit de vengeance et dans le rapprochement des factions est primordial. Idem pour la protection des pauvres et la défense de leur dignité dont l’Eglise de Saint-Pierre est le porte-fanion. On notera enfin la dénonciation par les évêques catholiques de la corruption, du culte de l’argent, du pillage des ressources naturelles, de la confiscation du pouvoir pour en jouir de tous les avantages matériels, etc.
Bref, un cardinal sera une conscience morale qui rappellera à l’ordre quand beaucoup meurent de faim, alors que d’autres abusent un peu trop du… pain et du vin.
Adelson RAZAFY