Période de soudure: Se rabattre sur le maïs, le manioc…

2 000 Ar/kg et plus, c’est le kilo du riz makalioka hier. Même s’il va falloir accepter de se rabattre sur le maïs ou encore le manioc pour la soudure 2017-2018, une grave insécurité alimentaire guette bon nombre de ménages. Les pluies, présumées artificielles, de ces derniers jours ne résolvent pas le grand problème occasionné par le retard des pluies. En effet, elles ne peuvent pas couvrir toutes les régions concernées par la sécheresse. De plus, même si elles permettent de procéder au repiquage des jeunes plants de riz, cette opération accuse déjà un gros retard. Ce qui n’augure rien de bon en termes de rendement, alors que le riz de contre-saison a déjà accusé un gap de 80%.

   Faudra-t-il se rabattre sur des produits de substitution comme dans les années 80 et lors de la dernière crise du riz en 2004 ? Si aucune stratégie n’est élaborée dès maintenant pour coordonner les importations, la mise à disponibilité et la distribution du riz, la population risquera fort d’opter pour le maïs, le manioc, la patate douce… Ce problème pourrait s’observer dans quelques mois étant donné le gap qu’il faudra aussi attendre de la saison de production de riz.

Autrement dit, la prochaine soudure pourrait connaître plusieurs longueurs d’avance que d’habitude. Mais même pour les denrées de substitution en cas de disette ou de pénurie, ces denrées-là pourraient aussi faire défaut. Les vraies grosses pluies nécessaires à la culture du maïs ne sont pas encore là. D’ailleurs, la production issue de cette culture est encore partagée entre la consommation humaine et animale. A titre de rappel, c’était plutôt les denrées qui faisaient défaut dans les années 80. Il y avait pénurie à cause des trocs effectués par le pouvoir d’alors, dirigé par Didier Ratsiraka. Il s’agissait d’échanger du riz et d’autres produits de Madagascar contre des matériels militaires comme les avions Mig, les blindés…

Si pendant les années de la dernière transition, la Banque mondiale a affirmé que les Malagasy étaient aussi pauvres qu’en 1980, la situation actuelle est pire. La pauvreté atteint un sommet avec un taux de 92%. En revanche, le pouvoir d’achat va dans le sens contraire. Il ne cesse de dégringoler, alors que les prix du riz et de tous les produits alimentaires, notamment locaux, montent en flèche. Cela signifie que même si les ménages vont être obligés de se rabattre tôt ou tard sur des produits comme le manioc ou le maïs, le pouvoir d’achat ne suit et ne suivra pas, surtout si la flambée des prix continue.

Car si au début de la semaine dernière, le kilo du riz rouge, le moins prisé par les consommateurs quoique le plus riche en nutriments, a affiché 1 600 Ar, il a frôlé les 1 950 Ar le week-end dernier auprès des détaillants. Et au rythme où vont les choses, il passera le cap psychologique des 2 000 Ar/kg cette semaine, soit plus de 20% de hausse en deux temps, trois mouvements. Les ménagères qui font leurs courses quotidiennes ne savent plus déjà à quel saint se vouer. Pour les prochains mois et surtout pendant la soudure 2017-2018, elles risqueront fort de tourner en rond ou de fréquenter rarement le marché, faute de produits aux prix accessibles à leur bourse. D’ores et déjà, l’on assiste au pullulement de familles mendiantes dans les rues de la capitale. Déjà qu’elles n’ont pas de quoi assurer leur survie, côté alimentaire, elles doivent aussi opter pour la rue comme domicile ! Les enfants de ces familles ont les cheveux jaunes à cause de la malnutrition, ils sont faméliques et n’ont comme cour de jeux que la rue ! L’exécutif, censé résoudre tous ces problèmes, semble ne rien voir.

Fanjanarivo

Ajouter un Commentaire