Gain de cause pour l’escadron de la mort
Décidemment, aucun terrain d’entente ne pourra être trouvé entre d’une part la population de Befandriana – Nord et d’autre part la police nationale. D’ailleurs, l’affaire commence à prendre une tournure inquiétante. Explications.
Selon la première version, émanant des éléments de la police nationale, l’élément déclencheur de la situation est l’assassinat de deux policiers en mission dans la région. Vingt-six villageois auraient été impliqués dans ce double assassinat. L’autre son de cloche, venant cette fois des villageois, la mission de ces deux policiers était en fait de racketter les villageois. Si la version diffère manifestement, le résultat est le même : quatre cent cinquante cases incendiées dans cinq villages situés dans cette zone rurale. A ce stade des interrogations surgissent Quelle aurait pu être la mission de ces deux policiers ? Befandriana – Nord étant situé en zone rurale, ce genre de mission quelle qu’elle soit n’est-elle pas plutôt du ressort de la gendarmerie nationale ?
Vient ensuite l’incendie des quatre cent cinquante cases. Et là encore les versions sont diamétralement opposées. A en croire l’une des parties, elle serait l’œuvre d’un individu isolé atteint de pyromanie. De l’autre côté, tous les résidents du village s’accordent à dire que c’est la trentaine d’éléments de la police nationale qui sont venus en renfort qui en sont à l’origine. Des zones d’ombre méritent tout de même de plus amples explications : comment un individu isolé aurait-il pu mettre le feu à quatre cent cinquante cases sans que personne ne puisse l’arrêter ? La trentaine de policiers venus en renfort, ont été envoyés dans quel but ? Des réponses évasives des autorités centrales nous ramènent logiquement vers la première question : quelle était la véritable mission de ces deux policiers ?
Face à de tels doutes et en prévision d’une situation catastrophique, une enquête judiciaire a bien dû être ouverte. Malheureusement, la seule enquête qui a été ouverte concerne uniquement le double meurtre des policiers. Et pour enfoncer encore plus le clou, le gouvernement ajoute même « chaque chose en son temps ». Logiquement, un organe judiciaire impartial aurait également mené une enquête sur les véritables origines des incendies. Mais nous sommes bien à Madagascar, sous le régime de Rajaonarimampianina, résultat : vingt-six villageois ont été arrêtés pour le meurtre de deux policiers. Selon le ministre de la Sécurité Publique : « l’enquête est finie ». Quel genre d’enquête pourrait être fini avec de telles zones d’ombre ?
De toute évidence, le ministre de la Sécurité Publique n’œuvre pas vraiment pour la sécurité du grand public. Ses prérogatives ministérielles lui donnent-elles la possibilité de cautionner l’envoi d’un escadron de la mort pour calciner les habitations des villageois ? Est-il nécessaire de rappeler à tous les agents de police le serment qu’ils ont fait avant leur prise de fonction ? En tout cas, si « l’enquête est finie », la situation, elle, risquera fort de s’embraser dans les prochains jours. N’y a-t-il vraiment plus aucune personne censée à la tête de ce pays ? On n’aura de cesse de se le demander.
Johan R.