Publié le 10 octobre 2020
On ne le répètera jamais assez : le business plan élaboré par Air Madagascar risque d’être mort-né si certaines conditions pré-requises ne sont pas remplies. D’une part, le business plan risque d’être aussitôt amendé par le nouveau directeur général titulaire qui reste à trouver. D’autre part, le business plan n’a pas de sens s’il n’est pas précédé d’un choix judicieux de la flotte aérienne.

Sur ce dernier point, le choix de l’avion est crucial. Il ne faut pas répéter l’erreur d’avoir racheté les avions poubelles d’Air France, qu’Airbus a cessé de produire en 1991 et dont toutes les compagnies cherchaient à se débarrasser. Il faudra donc bien sélectionner les avions appropriés qui desserviront la France et l’Asie, sachant que ces destinations-phares représentent le gros du chiffre d’affaires d’Air Madagascar. Déjà, il n’y a plus qu’un seul Airbus A340 opérationnel alors qu’il en faudrait deux pour desservir le réseau long courrier d’Air Madagascar. Cette insuffisance entraîne un énorme manque à gagner qui profite à la concurrence.
Va-t-on conserver cet avion et trouver un autre Airbus A340 d’occasion, ou alors va-t-on opter pour un Airbus A330 ? Avant de répondre à cette interrogation, il est nécessaire de rappeler que l’Airbus A340 actuellement opérationnel est immatriculé en Europe et ne peut être piloté par des Malgaches. Cela engendre des coûts supplémentaires, sans parler du fait que les pilotes malgaches sont payés à se tourner les pouces tout en perdant leur qualification.
Si Air Madagascar entend garder cet Airbus A340 opérationnel, il faudra réunir plusieurs conditions.
En premier lieu, il faudra installer l’ADS-B. Il s’agit d’un système de surveillance coopératif pour le contrôle du trafic aérien. Cet appareil est exigé par l’organisme de contrôle européen EASA, à moins qu’on ne fournisse la preuve que l’avion sera retiré de l’exploitation avant le 31 octobre 2025. Cet appareil coûte 62.000 US Dollars. Il faut savoir que les quatre avions ATR ne sont pas non plus dotés d’ADS-B et ne pourront donc se rendre ni à Mayotte, ni à la Réunion, ce qui rend moins flexible la gestion de la flotte ATR.
En second lieu, les pilotes d’Air Atlanta se plaignent actuellement de l’état du moteur n°2. Il est à craindre qu’ils en refusent le pilotage après le 31 décembre 2020. Un check C est programmé du 22 février au 31 mars 2021. Il faut espérer que le moteur tiendra jusque là. Le coût d’un moteur est d’environ 1.250.000 US Dollars et le montage s’élève à 700.000 US Dollars. Le coût du prochain check C sera d’environ 500.000 US Dollars. Un check D programmé en octobre 2021 pour une durée d’environ 2 mois coûtera environ 1.000.000 US Dollars
Sachant que l’avion sera immobilisé pendant ces checks C et D pour trois mois, il faudra prévoir les frais de location d’un avion de remplacement.
Sachant que les caisses d’Air Madagascar sont vides, comment la directrice générale intérimaire va-t-elle financer les dépenses d’entretien incompressibles susmentionnées ? Elle est inapte à surmonter cette prochaine zone de turbulence.
Pour conclure, avant de finaliser le business plan, il serait judicieux de commencer par prendre une décision au sujet de l’Airbus A340. Et c’est urgent. Cette décision sera-t-elle prise avant les quinze jours annoncés pour achever le business plan ?
MN et PN